Princessa Holiday Resort Palawan

Cette année-là, à Noël, histoire de passer les fêtes bien au chaud, on avait décidé de nous envoler vers les Philippines, plus exactement vers l’île de Palawan.

Il faut dire qu’on était invité par un couple d’amis – lui Français et elle Philippine – des amis de Shanghai qui ont la chance d’avoir une maison sur cette île. Et comme disait Raymond, l’ami en question, il ne fallait surtout pas se gêner, il n’y avait presque personne à Noël. Et c’est vrai qu’il n’y avait pas grand monde quand on est arrivé : seulement eux deux et leurs quatre enfants, les beaux-parents, le beau-frère et la belle-soeur, deux chiens, deux chats, deux mainates, un perroquet et un hamster. Bref, une adorable petite famille…

Il faut dire aussi qu’ils étaient en plein travaux : la maison était à peine achevée, il y avait encore un charpentier qui finissait quelques meubles, et une bonne vingtaine d’ouvriers occupés à aménager une route, à défricher la forêt vierge aux alentours et à déblayer les marais pour aménager la plage. Et moi, à tout moment, je m’attendais à ce que Raymond, qui dirigeait tout ce petit monde de main de maître, ne me flanque une pioche dans les mains et me demande de lui creuser un puits artésien ou de lui retourner deux acres de terre avant le crépuscule. Non, franchement, c’était vraiment très sympa chez nos amis, mais on ne voulait pas les déranger, vous comprenez ?!

Alors, après 3 jours chez eux, et sur les conseils éclairés d’une agence de voyage locale, on a mis le cap sur le sud de l’île, alléchés par une publicité qui nous vantait qu’on aurait jamais été aussi près du paradis… Et bien, je vais vous dire une bonne chose : dans ces conditions-là, moi, je ne suis pas pressé de mourir!

Et pourtant, à première vue, c’était magnifique : un village de vacances flambant neuf, de style « native » (c’était le mot à la mode là-bas, cela veut dire « couleur locale »), en tout une bonne vingtaine de cases en bambous sur pilotis, ombragées par des cocotiers géants, et tout ça au bord d’une plage de sable blanc : le pied ! Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, on s’est fait accueillir par le patron en personne, tant il était content de voir débarquer des compatriotes (et des clients, car à dire vrai on ne se pressait pas) car oui, vous l’avez deviné, il était belge à ne plus en pouvoir, et flamand de surcroît, car il s’appelait Van Den Berghe.

Je suppose que ses larbins devaient être incapables de prononcer correctement son patronyme, car dans le « camp », il se faisait appeler Boss Roger. A moins que ce ne soit pour mettre tout le monde à l’aise.

Bref, on était à peine arrivé, on s’installe à la table du restaurant, et voilà Boss Roger qui nous déballe toute sa vie. Passionnante, jugez plutot : C’est un ancien de chez Volvo Trucks à Gand. Il était tranquille, il était pénard, accoudé au comptoir, quand, tout d’un coup, la porte s’est ouverte et il a senti l’appel du large. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, et le voilà aujourd’hui partagant son temps entre son Club Med à lui et son bureau à Singapour, d’où il suit un projet de construction de camions en Indonésie, et en plus il est conseillé du Ministre du Commerce Extérieur. Oui Madame. Non, pas pour l’Indonésie, mais pour toute l’Asie. Oui, vous avez bien entendu.

Moi, vous me connaissez. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui exprimer toute mon admiration, et j’ai même hésité une minute pour savoir si j’allais me prosterner devant lui. Finalement et de justesse, j’ai décidé que non.

Pour faire bonne figure, je lui ai alors expliqué modestement que j’étais attaché commercial et qu’on venait juste d’avoir la visite à Shanghai de notre bon Prince et de Maystadt, avec 200 personnes qui poussaient derrière, mais il m’a expliqué que toutes ces grandes missions, c’était des « carabistouilles » et que cela ne servait strictement à rien, ce qui me désole complètement moi qui ai travaillé trois mois presque jour et nuit pour le succès de ce projet. Si j’avais su ! Enfin bon, pour changer de sujet, j’ai voulu lui expliquer qu’il y avait probablement aussi des choses à faire dans l’automobile en Chine, mais il m’a arrêté d’un geste péremptoire, car il savait déjà tout cela. En fait, il savait tout Boss Roger: c’est le genre satisfait et content de soi, qui a des idées sur tout, et qui sait tout mieux que tout le monde. J’adore ! En dix minutes on s’était tout dit lui et moi.

Heureusement, en vacances, j’ai un moral d’enfer. Alors cette nuit-là, la première, je m’étais endormi paisiblement et je rêvais, je crois, d’une jolie Philippine qui me tendait une belle noix de coco avec une paille toute droite plantée dedans. Je tends la main pour saisir son fruit défendu, mais à la place, j’attrape sa chevelure abondante. Ah, non tiens, c’est celle de Catherine qui est penchée sur moi, et qui m’explique quelque chose. Bon, me voilà réveillé. Et qu’est-ce qu’elle me dit ? Qu’il y a une araignée dans la salle de bain. Ah bon. Et énorme avec cela ? Bon, moi je connais ma douce et tendre et ne m’alarme pas outre mesure : ce coup là, elle me l’a fait cent fois, Je me retourne sur le côté et lui conseille de laisser l’araignée continuer sa promenade nocturne tranquille. Mais elle me secoue si fort que je suis obligé de sortir du lit et, absolument ravi de cet intermède dans mon sommeil, me dirige en titubant vers la salle de bain pour tuer l’importune.

SpiderEt c’est à ce moment là que je l’aperçois. Je recule d’un pas et explique à Catherine qu’elle est VRAIMENT énorme. Elle me répond que cela fait une heure qu’elle me le chante et que si je continue à crier comme cela je vais réveiller les gosses, c’est sûr. J’ajoute, un ton plus bas, que des bêtes comme cela, ça devrait être interdit surtout au prix où est la chambre, et que je vais appeler la réception illico qu’ils nous envoient un chasseur professionnel pour tuer ce monstre.

D’un geste décidé, je m’approche du parlophone, mais Catherine m’arrête net et me répète que si on réveille les enfants et que si, par malheur, Julie aperçoit cette erreur de la nature, on peut faire les bagages sur le champ et rentrer à Shanghai. Elle ajoute qu’un de nous deux doit aller à la réception chercher du renfort tandis qu’un volontaire surveillera le charmant animal.

Et puis sans un mot, elle sort de la chambrée, ce qui fait que je me retrouve volontaire et nous voilà, elle et moi (je veux dire l’araignée et moi) en tête à tête car je sais bien qu’elle m’observe aussi. Cinq minutes plus tard, une éternité, Catherine réapparait. Seule. Il est trois heures du mat’, et il n’y a plus un chat à la réception. Et l’araignée commence à s’énerver, car j’ai vu bouger une patte. Je sens la panique s’installer en moi.

Catherine voit ma mine déconfite et prend courageusement ses responsabilités. Elle empoigne une de mes savates et entoure son avant bras d’une serviette de bain pour se protéger des morsures éventuelles, ce qui la fait ressembler à un samouraï. Elle s’approche de la bête. Et c’est là que mon amour-propre de mâle en prend un sale coup et, qu’au dernier moment, je l’arrête d’un geste auguste : s’il faut que l’un de nous meure, dis-je, ce sera moi, sinon, c’était pas la peine de souscrire une assurance vie au Luxembourg.

J’empoigne alors la savate et m’assied sur la toilette à quelques centimètres du monstre. On s’observe en silence (je parle pour moi car les araignées sont généralement peu bavardes) et au moment où je m’y attendais le moins, mon bras s’élance, meurtrier. Et c’est raté. Elle s’encourt et la voilà à présent au dessus de l’évier. Et c’est là que mû par un réflexe, un second coup fuse, pourtant dans un angle impossible, la blessant mortellement. Elle tombe dans l’évier avec un bruit sourd, comme une prune tombée d’un arbre. Je lui assène alors un troisième coup décisif, avant de quasi défaillir. Catherine qui avait courageusement battu en retraite dans la chambre, pressentant sans doute une issue fatale de l’un des deux protagonistes, se risque à passer la tête par l’encoignure de la porte, afin de vérifier lequel des deux a succombé et voyant mon teint pâle me demande si elle a eu le temps de me piquer.

La fin de la nuit fut heureusement plus calme, même si après un incident aussi tragique, trouver à nouveau le sommeil était évidemment hors de question.

Princessa 2Les deux nuits suivantes, furent assez agitées aussi, surtout la troisième où et il nous a fallu attendre deux heures et demi du matin pour pouvoir enfin trouver le sommeil. Cette fois pas d’araignée en cause, mais bien des nuisances nocturnes. En fait, que je vous explique, les cases du village de vacances de Boss Roger étaient composées chacune de deux chambres contiguës, séparées par une mince cloisons de bambous. Ce qui nous valait de participer en direct aux exploits de nos voisins, un charmant couple d’allemands, très gentils et très homosexuels, ce qui n’est pas incompatible : un petit malingre à boucles d’oreilles et jambes arquées, genre Astérix, et un grand trapu moustachu et bas de poitrine, genre Obélix.

On les avait surnommés Manfred et Frida. Nous, en vacances, on aime bien donner des surnoms aux gens. Frida, c’était le gros ! Physiquement ils n’avaient qu’un point commun : leurs voix bien males, bien germaniques avec de gros éclats de rires bien gras. Ce soir là, c’était la fête au village chez les Teutons : ils ont chanté, rigolé, roucoulé, gloussé jusqu’à deux heures du matin. Heureusement qu’on avait pris un walk man pour mettre sur les oreilles de Julie, même qu’elle se demandait pourquoi on insistait tant pour qu’elle écoute une troisième fois la cassette d’Henri Dès. Finalement, on a tiré à la courte paille pour voir qui irait leur dire de baisser d’un ton. C’est Catherine qui s’y est collée.

L’allemand, c’est pas son fort à ma petite Loupette. Heureusement, en anglais, ça va mieux, elle a fait des progrès énormes, mais elle coince encore parfois sur certains mots. C’est ainsi qu’au lieu de leur demander de la boucler, elle leur a dit : « Can you speak a little bit louder please? » (vous pouvez parler un peu plus fort s’il vous plaît). Vous vous rendez compte ? Ou bien ils ne comprenaient pas l’anglais, ou bien ils ont pris cela pour de l’ironie, mais ils ont effectivement mis une sourdine. Ils ont même répondu à Catherine qu’il ne fallait pas se gêner, qu’elle pouvait revenir pour n’importe quel problème. Quand je pense que j’aurais pu y aller à sa place, et que c’est à moi qu’ils auraient pu dire cela, j’en frissonne rétrospectivement.

Pour ce qui est des nuits, ça c’est amélioré par la suite, les Teutons ayant mis les voiles dès le lendemain. En fait, la nuit précédente, ils devaient fêter leur départ, et qui sait peut-être leurs adieux. On s’en est un peu voulu, après coup, d’avoir troublé ce moment si intime.

Soit ! Les Teutons partis, restaient quand même les araignées. C’est pourquoi, tous les soirs, avant de mettre les enfants au lit, je faisais quand même l’inspection complète de la chambrée à la recherche d’autres arachnides géants.

A propos d’araignées, les gentils Autrichiens qui tenaient le village de vacances à coté, à un quart d’heure de marche le long de la plage et chez qui on allait prendre notre petit déjeuner et notre dîner – ah oui, j’ai oublié de vous dire que la bouffe chez Boss Roger était nauséabonde – des gens charmants ces Autrichiens, très accueillants et tout, et qui faisaient leur pain eux-même (vous savez ce genre de pain allemand qui vous cale bien l’estomac), donc ces braves gens nous ont expliqué, en rigolant, que ce genre d’araignées étaient fréquentes, mais malgré les apparences tout à fait inoffensives. Qu’il ne fallait surtout pas s’en faire. Je me souviens, je prenais tranquillement mon café quand le monsieur a dit cela. Et quand il a ajouté « par contre, il faut faire attention aux cobras », j’ai avalé de travers et je m’en suis mis partout sur mon ti-shirt blanc tout propre du matin, celui avec « Tintin le Lotus bleu » dessus. On lui a fait répéter pour voir si on avait bien compris, mais oui, pas d’erreur, c’était bien de cobras dont il avait parlé.

Il nous a alors expliqué qu’il y en avait plein par ici et que c’était pour cela qu’ils élevaient toute une colonie d’oies et de canards dans leur camp, à la plus grande joie de Tom-Tom qui s’amusait à leur courir derrière. Et oui, car contrairement à Tom, les cobras ont peur des oies et des canards. Pas étonnant d’ailleurs, avec tout ce raffut.

Après le petit déjeuner, quand on est retourné dans notre camp, j’ai croisé Boss Roger et je lui ai demandé ce qu’il attendait pour acheter des oies. Il est resté médusé, m’observant comme si j’étais un martien ou si je lui avais annoncé que le jour du jugement dernier était pour demain. J’ai ajouté « ben oui, à cause des cobras ». Il a éclaté de rire, a déclaré, péremptoire, qu’il n’y avait pas de cobras à Palawan et s’en est allé. Je l’ai regardé partir en me disant en moi-même que « décidément, je n’aimais pas ce garçon ».

La nuit suivante, j’ai vu Catherine qui enfilait des chaussettes et un long caleçon au moment de se mettre au lit. Moi, je dois bien l’avouer, les bas nylons, ça m’émoustille. Mais les longs caleçons et les chaussettes, je trouve ça plutôt anti-sexe. Surtout par 30 degré. Je lui en fait part, un peu embêté de la contrarier dans ce que je prenais à tort pour un louable effort de devoir conjugal, mais elle n’a dit que ça n’avait rien à voir, qu’elle mettait ça pour se protéger des moustiques qui la piquaient la nuit. Elle m’a montré ses jambes et c’est vrai qu’elles étaient constellées de piqûres. Moi, j’ai trouvé cela bizarre, car la nuit on mettait des plaquettes anti-moustiques dans la prise de courant. Donc, je ne voyais pas comment elle pouvait être piquée. Surtout que, comme d’habitude, elle allait dormir avec les poules et que le soir je restais toujours seul à bouquiner sur la terrasse, j’étais forcément le seul qui aurait du être piqué. Et pourtant c’est vrai que le lendemain, elle était à nouveau en proie à de terribles démangeaisons et que ses piqûres semblaient encore s’être multipliées.

On en a parlé au petit déjeuner avec nos amis Autrichiens et ils nous ont expliqué que ce n’était pas des piqûres de moustiques mais bien des morsures de nik-niks. On s’est regardé, Catherine et moi, et puis on a dit tous les deux ensemble : « Des nik-niks? ».

Et ils nous ont expliqué que les nik-niks ce sont de petites mouches qui se cachent dans le sable et qui sautent sur tout ce qui passe à leur portée pour lui sucer le sang. Et Catherine s’est souvenue alors avoir vu régulièrement des petites mouchettes sur ses jambes, mais elle n’y avait guère prêté attention. Nos braves Autrichiens, lui ont donné un pot de Vicks Vaporub, le même Vicks que vous mettez sur la poitrine de vos enfants quand ils ont un rhume, parce que cela calmait les démangeaisons. Ça l’a effectivement soulagée un peu mais, il n’empêche, elle a quand même souffert le martyre jusqu’au bout de notre séjour.

On n’a d’ailleurs pas bien compris pourquoi ces bestioles s’acharnaient sur elle. Moi, avec mes jambes velues, les nik-niks n’avaient évidemment aucune chance de m’atteindre, mais pourquoi donc les enfants ont-ils été épargnés ? Mystère. En tous cas, nos longues promenades sur la plage (ce qui occupait une bonne grosse partie de la journée, car il n’y avait pas grand chose d’autre à faire), durant les 10 jours qui ont suivi, Catherine les a passées tête baissée, à traquer les nik-niks, ce qui explique qu’elle est revenue à Shanghai très bronzée dans la nuque.

N’allez surtout pas croire qu’on a passé des vacances horribles au Philippines. Non, sans blague, ces quelques mésaventures mises à part, on en garde, malgré tout, un bon souvenir. Les enfants ont adoré les baignades dans les vagues et on est revenu avec une valise remplie de coquillages : c’était d’ailleurs notre principale activité. On a quand même pu faire quelques petites balades en forêt et même des promenades en jeepney ou en moto-tricyle.

Quelques conseils quand même pour terminer. Si vous n’aimez pas spécialement la plage et les coquillages, ou si vous avez la phobie des araignées, n’y allez sous aucun prétexte ! Et si vous y allez, n’oubliez pas de prendre des pilules anti-malaria, d’emmener des plaquettes anti-moustiques, de la crème solaire, un walk-man pour les enfants, du Vicks pour les nik-niks, des longs caleçons pour la nuit, et une bonne grosse oie bien bruyante.

P.S : Si vous allez dans le camp autrichien, ce que nous vous recommandons vivement, l’oie est facultative. 

Une réponse à « On n’avait jamais été aussi près du paradis … »

  1. […] position Fast pass in Mumbai. Et parmi nos souvenirs de vacances, j’épinglerai particulièrement On n’avait jamais été aussi près du paradis et Paraiso […]

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