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Pour la Saint-Valentin de l’an 2000, on avait décidé de s’offrir mutuellement un cadeau vraiment très spécial : un voyage rien qu’à nous deux dans les fameuses Montagnes Jaunes, considérées comme les plus spectaculaires massifs montagneux de Chine. Pour un fois, on avait donc abandonné notre progéniture (entre de bonnes mains, rassurez-vous) et, à nous la grande aventure !

Cela dit, restons modestes et mettons immédiatement les choses au point : en terme d’aventures, c’était quand même rudement bien balisé : d’après la feuille de route préparée à notre attention par Madame Zhang, notre agente de voyage favorite, on n’avait qu’à se laisser conduire en voiture jusqu’au pied de la montagne, montagne que nous devions escalader en téléférique, ensuite on alternerait balades pédestres et séances de repos au sommet, dans un superbe hôtel 4 étoiles, l’hôtel Beihai. Voilà exactement le type de circuit « aventures » taillé sur mesure pour ma Petite Loupette et moi-même. Pas question donc de s’aventurer en terrain inconnu, de prendre des risques inutiles, ni de risquer un claquage musculaire dans de vains et violents efforts. Bref pas de surmenage physique intempestif, le principal mouvement au programme consistant essentiellement à faire fonctionner nos cages thoraciques à plein rendement, histoire de bien profiter du bon air, et de décrasser nos poumons de toute cette pollution accumulée une année durant à Shanghai-la-grise. Malheureusement, comme vous l’allez voir, le circuit allait en définitive se révéler nettement plus « physique » que prévu…

D’ailleurs, tout avait mal commencé. La voiture nous avait bien déposés à l’endroit convenu, au pied de la station inférieure du téléférique, et on avait bien pris les billets au guichet que nous avait désigné le chauffeur mais, pourtant, quand notre tour était venu de passer le contrôle à l’entrée de la station, on nous avait arrêtés net, en nous expliquant sur un ton courtois mais ferme, que nous n’avions pas les bons billets, que ceux-là c’était pour entrer sur le site touristique et pas du tout pour monter dans le téléférique, que les billets pour embarquer dans le téléférique, il fallait les prendre à l’autre guichet à l’entrée du parking des voitures à gauche, et puis d’ailleurs c’était bien clairement indiqué en chinois dans le texte, et tant pis pour nous si on ne savait pas lire le chinois, et merci beaucoup aux Amis étrangers, et qu’on pouvait retourner les rechercher et refaire la file, et au suivant s’il vous plait, parce qu’ils n’avaient pas que cela à faire, surtout que derrière çà commençait à chahuter vilain. Tout cela, il nous avait dit le Monsieur. Sans s’énerver et sans reprendre son souffle. Ou presque.

Bref, tout était simple une fois de plus au pays de l’Harmonie Suprême (Tiens fume !) et il nous fallait donc retourner un bon kilomètre en arrière. Du coup, je m’étais renfrogné et refermé dans ma coquille en grommelant tandis que Catherine, plus pédagogue, essayait de leur expliquer qu’ils feraient peut-être mieux d’établir un guichet unique pour vendre leurs deux satanés billets. Mais sa remarque tombait à froid, et pour tout dire paraissait parfaitement incongrue. Son interlocuteur lui avait souri d’une drôle de façon, la bouche en ondulé genre Charlie Brown, un sourire que je connais bien et qui trahit la gêne chez les Chinois. Même que quand ils font cela les Chinois, j’ai toujours l’impression qu’ils vont se mettre à pleurer. Heureusement, dans notre malheur nous n’étions pas seuls : un groupe de jeunes Shanghaiennes étaient tombées dans le traquenard elles-aussi, et nous avaient gentiment proposés d’envoyer une des leurs en arrière pour acheter tous les billets ensemble. Ainsi fut fait et il n’y avait plus qu’à patienter qu’elle revienne, mais j’avais eu toutes les peines du monde à contenir l’impatience de Catherine qui voulait déjà avancer, que les filles n’avaient qu’à donner nos billets au contrôle dès que leur émissaire serait revenue.

Las ! Après une bonne demi heure, la demoiselle s’était enfin rappliquée avec les billets. On pouvait donc passer le contrôle. Entre temps, quelques centaines de personnes, en majorité des touristes japonais équipés de pied en cap comme s’ils allaient escalader l’Everest, habillés de vêtements aux couleurs fluos qui les faisaient vaguement ressembler à de gros poissons-coraux, nous avaient dépassés et je râlais en les voyant tous devant nous se presser comme des centaines d’abeilles autour d’une ruche pour embarquer à bord des téléfériques. A vue d’œil, nous en avions au moins pour une heure d’attente. Mais nos jeunes amies Shanghaiennes étaient pleines de ressources. On les vit soudain agiter les mains en l’air comme pour faire signe à de prétendus camardes qui se seraient trouvés prêts à embarquer, tout en criant à tue-tête en en chinois ce qui devait vouloir dire « Coucou, c’est nous ! On est là ! On arrive! » Usant de cet habile stratagème, elles bousculaient tout le monde sur leur passage pour aller rejoindre leurs camarades imaginaires. Bien joué ! Catherine et moi avions parfaitement compris leur manège. Notre décision fut vite prise : d’un coup d’œil entendu, nous nous mîmes, nous aussi, à crier des « coucous » et des « Salut ! Tiens vous êtes là aussi vous !? » à la cantonade, à agiter nos bras en tous sens et à dépasser des centaines de poissons-coraux complètement éberlués par notre prestation. Et c’est ainsi que nous nous étions retrouvés cinq minutes plus tard à bord d’un des téléfériques avec nos nouvelles copines, rigolant comme des potaches du bon tour que nous venions de jouer à nos amis Jap’s et aux autres.

C’est donc de fort bonne humeur que nous avions débarqué de notre cabine, au sommet de la montagne, ou du moins à ce que nous croyions être le sommet. Car nous ignorions alors que nous nous trouvions encore à trois ou quatre heures de marche de notre hôtel, Mme Zhang ayant malencontreusement omis de noter sur notre feuille de route que nous venions de débarquer du téléférique Sud alors que notre hôtel, comme son nom l’indiquait d’ailleurs – Bei Hai voulant dire la « Mer du Nord (cela ne s’invente pas !) – se trouvait sur une des crêtes situées tout au nord du massif des Montagnes Jaunes (nous apprendrions plus tard que le téléférique « Nord » était en réparation ce week-end-là…).Merci Madame Zhang …

Ainsi donc, malgré le ciel plombé et lourd, et la vue complètement bouchée, nous étions donc d’humeur badine. Les sentiers étaient asphaltés et le plus souvent constitués d’escalier qu’il nous fallait cependant gravir ou descendre avec précaution.

Au fur et à mesure de notre progression, notre moral baissait rapidement, de même d’ailleurs que nos maigres réserves en vivres et en boissons. Tous ces sentiers se ressemblaient, d’autant plus qu’il y avait de moins en moins à voir de part et d’autre, en raison de la brume qui s’épaississait. Je me sentais vaguement dans la peau des Duponts en train de tourner en rond dans le désert dans leur jeep rouge. Bien sûr, les sentiers étaient balisés, et on suivait scrupuleusement les plaques qui nous indiquaient l’hôtel Beihai, mais j’avais la désagréable impression de repasser sans cesse aux mêmes endroits.

Par moment, en raison de la brume qui devenait de plus en plus dense, je ne voyais même plus Catherine qui me suivait avec de plus en plus de peine. Car il n’était pas question pour moi de casser mon rythme, tandis qu’elle s’arrêtait, au contraire, à peu près toutes les cinq minutes pour souffler. C’était surtout quand je ne l’entendais plus que cela m’inquiétait car ses pas lourds étaient rythmés de soupirs bruyants et réguliers; à vrai dire, elle soufflait comme un vieille locomotive à vapeur, ce qui ne manquait pas de m’inquiéter. Il m’arrivait donc fréquemment de devoir rebrousser chemin et je la retrouvais immanquablement affalée sur le bas coté essayant de récupérer son souffle par petites respirations rapides comme quand elle préparait l’accouchement sans douleur de Julie, et je craignais à tout moment qu’elle ne me dise « Pars sans moi, mon chéri ! De toute façon, c’est foutu pour moi », vous savez bien comme dans ces films hollywoodiens, et alors j’aurais été bon pour jouer les héros et la coltiner sur mes épaules, ce que j’aurais été incapable de faire plus de trente mètres, et encore c’est bien payé.

Au total, avec toutes mes allées et venues, je crois bien que j’ai bien dû marcher le double de kilomètres qu’elle. Heureusement, le pente descendait aussi de temps en temps, et alors ma Petite Loupette reprenait un peu de poil de la bête. Mais dans l’ensemble, il faut bien le dire, ça montait beaucoup plus souvent que cela ne descendait, ce qui n’étonnera personne quand on sait que notre hôtel était situé au sommet de l’une des crêtes les plus élevées du massif.

Un moment, l’estomac dans les talons (il était passé midi depuis longtemps), j’avais demandé à un cantonnier de passage à combien de kilomètres se trouvait notre hôtel. Il m’avait répondu sans la moindre pitié « Liange xiaoshe ! » et j’avais senti mon sang se glacer encore un peu plus dans mes veines; je dis « encore un peu plus » car la température avait fraîchi et on commençait drôlement à cailler. Catherine qui venait de me rejoindre après une nouvelle halte m’avait demandé, en ahanant comme un vieux cheval de trait brabançon, ce que le bonhomme m’avait dit. J’avais menti en lui disant qu’il nous restait encore deux kilomètres. En fait, c’était encore deux heures de marche que le cantonnier m’avait annoncées…

enfers et damnationJ’avais d’ailleurs fini par le lui avouer, trois ou quatre bons kilomètres plus tard. J’avais craint qu’elle ne s’effondre en larmes, pique une crise de nerf ou fasse demi-tour aussi sec, mais elle était restée très stoïque, continuant sa marche telle un zombie. Je dois à la vérité de dire que je n’en menais pas large moi non plus. Surtout que la pluie avait fait son apparition, et qu’elle devenait de plus en plus forte et froide, un vilain crachin qui nous giflait le visage. On avait heureusement emporté dans nos sacs à dos nos « K Way’s » made in China ce qui vous vaut les magnifiques photos ci-dessus, qui reflètent bien toute notre désolation à cet instant de notre voyage.

Dans mon fort intérieur, je pestais contre ces maudites Montagnes Jaunes et contre cette stupide idée d’être venus se perdre un week-end en un pareil endroit. D’ailleurs, on ne les apercevait même pas les montagnes, on marchait dessus, on les escaladait, on les descendait, mais on ne voyait rien que ces satanés chemins qui n’en finissaient pas de se tortiller en tous sens comme d’interminables dragons. La visibilité était de plus en plus nulle. Et pour ne rien arranger, la neige s’était mise à tomber, rendant notre progression encore plus lente et surtout plus délicate sur les degrés étroits et glissants.

Sur le coup de trois heures de l’après-midi, alors que nous n’y croyions plus guère, l’hôtel Beihai nous était enfin apparu dans toute sa laideur. Car le palace quatre étoiles annoncé par Madame Zhang allait se révéler être un hôtel crasseux, inhospitalier et insalubre. Mais peu importait : nous n’avions qu’une idée en tête, ou plutôt deux : nous restaurer et endosser des vêtements secs. Car nos KWay’s avaient percé depuis belle lurette et nous étions trempés comme des canards. Nos espoirs allaient être largement déçus. En effet, l’unique restaurant de l’établissement était fermé depuis plus d’une heure et nous avions donc dû nous rabattre sur le mini-shop de l’hôtel. Notre frugal repas fut donc constitué de misérables biscuits secs et de nouilles déshydratées. Pour nos vêtements, ce n’était guère mieux : le chauffage dans la chambre était plutôt faiblard. La soufflerie crachotait un air tiède et malodorant. Nous avions néanmoins pendu nos vêtements trempés devant cette maigre source d’air chaud à l’aide d’un embranchement de cintres dans l’espoir qu’ils puissent sécher avant le lendemain. Ma douce et tendre, exténuée et désespérée, s’était affalée sur le lit, emmitouflée dans son passe-montagne et ce qui lui restait de vêtements secs et avait fini par s’endormir; Je la couvais d’un regard tendre et tristounet en suivant vaguement un film hongkongais débile à la télévision. Désespéré, je me demandais bien comment nous allions pouvoir tenir vingt-quatre heures dans un endroit aussi pourri et avec une telle météo.

A ce moment, et pour la deuxième fois depuis notre arrivée, la sonnerie du téléphone avait retenti. Une voix féminine qui se voulait enjôleuse (c’était la fille de « l’institut de beauté » de l’hôtel) se demandait si par hasard je ne souhaitais pas un petit massage de derrière les fagots.

Bien qu’en chinois dans le texte, le ton sur lequel m’était fait la proposition ne laissait planer aucune ambiguïté sur le type de massage qu’elle me proposait : Madame faisait aussi la finition, si vous voyez ce que je veux dire. Vous pensez bien que j’avais refusé avec véhémence. Non seulement, elle me prenait pour un dégoûtant mais en plus elle m’avait réveillé la Catherine, ce qui avait anéanti instantanément tous mes espoirs qu’elle dorme jusqu’au lendemain soir …

Las, nous avions finalement décidé de repartir en ballade exploratoire dans les environs immédiats de l’hôtel; il faut dire qu’à part les massages de la dame de l’institut de beauté, je ne voyais pas beaucoup d’autres alternatives. Surtout qu’il fallait encore tenir une heure et demi avant que le restaurant n’ouvre à nouveau ses portes.

Par chance, les placard des chambres de l’établissement recelaient de superbes vestes de montagnes rouges que nous avions endossées pour repartir en ballade, les jambes lourdes et le moral dans les chaussettes.

Pourtant une agréable surprise nous attendait au dehors. En moins de deux heures de temps, tout avait changé : la couche nuageuse était descendue plus bas dans la vallée, et quelques pics rocheux déchiquetés auxquels s’accrochaient des pins décharnés transperçaient ce qui ressemblait à une nappe d’ouate, comme autant de petits îlots dans une mer de nuage, immaculée, inviolée. Elle était là sous nos yeux la Mer du Nord. En outre, la neige avait recouvert tout le paysage d’un blanc manteau. C’était féerique. Un spectacle extraordinaire.

RomantismeTout ragaillardis, nous avions entamé une promenade enchanteresse tout autour du promontoire rocheux sur lequel nous nous trouvions. A de nombreux endroits, de lourdes chaînes encadraient les sentiers pour prévenir tout risque de basculer dans les nombreux précipices environnants. Ces chaînes étaient garnies de manière pour le moins originales : des milliers de couples de jeunes tourtereaux étaient venus y attacher des cadenas sur lesquels ils avaient gravé leurs noms, cadenas eux-mêmes entrelacés par deux, en signe de leur amour indéfectible et de leur attachement éternel. Il y en avait de toutes les formes et de toutes les tailles, certains, sans doute réalisés explicitement pour la circonstance étaient en forme de cœur. Comme c’était romantique ! Malheureusement la nuit tombante et surtout la faim qui nous tenaillait nous pressèrent de rebrousser chemin.

Nous étions donc les tout premiers à pénétrer dans la salle à manger de l’hôtel, une salle plutôt minable si vous voulez mon avis, bien que pompeusement baptisée « Restaurant du Phœnix et du Dragon ». J’avais demandé la carte dans mon superbe chinois, mais je n’étais pas bien sûr que la dame m’avait compris. Elle m’avait en tous cas répondu quelque chose que moi je n’avais compris. Deux minutes plus tard, nous comprenions enfin : il n’y avait pas de carte, pas de menu, pas de choix. On nous avait en effet déposé sous le nez, comme à toutes les autres tables d’ailleurs, un « hot-pot » (=fondue chinoise) avec déjà tout un tas d’ingrédient qui y mijotaient. On nous apporta ensuite un tas d’autres trucs plus ou moins bizarres que nous étions supposés plonger dans la soupe ! La Catherine inspectait tout cela avec une moue dégouttée, tandis que moi je jouais celui qui en avait vu d’autres, rapport à tous ces banquets chinois où l’on nous fait déguster des tas de truc plus bizarroïdes les uns que les autres. Quoi qu’il en soit, le moins que l’on puisse dire, c’était que tout cela n’était pas extrêmement appétissant.

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Alors, pour détendre l’atmosphère, j’avais fait mine de dégainer mon GSM (qui ne fonctionnait évidemment pas à cette altitude) et d’appeler notre brave Madame Zhang pour se plaindre et lui enjoindre de nous envoyer, séance tenante, le chef-coq de l’établissement pour nous apporter un bon gros steak-frites. Catherine avait éclaté de rire, ce qui allait incontestablement rester le plus beau et le plus important moment de la journée…

A partir de là, je m’étais mis à faire semblant d’appeler Madame Zhang à tout propos, en prenant mon meilleur accent de touriste belge, ce qui, à chaque fois, déclenchait un fou rire chez ma douce et tendre. Comme vous voyez, nous avions donc décidé de prendre les choses du bon coté pour le reste de notre week-end, ce qui était certainement la meilleure chose à faire. Et finalement, l’élément de surprise passé, je dois même dire que nous n’avions pas si mal mangé ce soir-là et que nous avions regagné notre chambre le vente bien rempli.

Le lendemain, au petit déjeuner (très … chinois lui aussi), nous avions pu admirer la vue spectaculaire de la terrasse du restaurant, vue qui nous était encore cachée la veille au soir. Il faisait grand soleil, le ciel était tout bleu. Quel spectacle hallucinant, inoubliable, que celui de ces dizaines de pics déchiquetés des Montagnes Jaunes.

A présent je comprenais enfin le proverbe chinois selon lequel, après avoir vu les Montagnes Jaunes, on ne voulait plus voir aucune autre montagne dans sa vie.

Et nous nous étions remis en route vers la vallée. Des nuages étaient apparus et se déplaçaient rapidement, modifiant à chaque instant le paysage. Nous nous amusions à repérer à l’aide de notre carte les différents pics qui apparaissaient et disparaissaient alternativement à notre vue, comme dans un théâtre d’ombre. Certains portaient des noms d’animaux, en raison de prétendues similitude morphologique (parfois difficiles à discerner), d’autres répondaient à des noms plus poétiques tel le « pic des neuf dragons », le pic du prêtre taoïste », « le pic de la capitale des fées et du bossu », « le pic du rocher volant » ou encore, le plus élevé de tous, le « pic de la fleur de lotus » (1.800 m.).

Mais on avait à peine le temps de dégainer son appareil photo et de viser pour immortaliser l’un de ces superbes pics flanqués de conifères et nappé dans un halo de brumes que déjà il avait disparu happé par les nuages !

Finalement, au fur et à mesure de notre progression vers la station de téléférique, nous avions à nouveau été complètement noyés dans la brume. Heureusement, pas de pluie cette fois. Par contre, le gel qui avait sévi durant la nuit précédente avait recouvert les sentiers de pierre d’une couche de givre, rendant notre progression très périlleuse, surtout en descente, en particulier pour moi qui n’avait pas cru bon de m’équiper de véritables chaussures de marche.

Pourtant, ces conditions difficiles n’entamèrent pas notre bonne humeur. Au contraire, nous continuions à rire de plus belle car nous descendions ces marches glissantes en nous accrochant mutuellement l’un à l’autre ce qui déclencha plus d’une fois glissades et fous-rires en cascades.

De temps en temps, nous croisions des porteurs de palanquins qui nous proposaient leurs services, chèrement payés mais bien mérités, car quand on les voyait manœuvrer sur les étroites corniches qui grimpaient ou plongeaient en pente raide on ne pouvait qu’admirer leur maîtrise et leur courage. Nous avions néanmoins préféré décliner leur offre, car franchement nous nous sentions plus en sécurité sur nos deux pieds que sur leur frêle chaise à porteur improvisée, constituée de deux simples perche de bambous et d’un siège inconfortable.

Et c’était finalement sans encombre que nous avions rejoint la vallée, à nouveau fourbus de la longue marche mais, en définitive, complètement conquis par la majesté de l’endroit et ravis de notre week-end d’aventures… 

Allô ! Madame Zhang ?

(à lire avec un accent belge prononcé …)

Dites donc, Madame Zhang. Ma femme a roulé comme une pierre au bas de la montagne. Vous pouvez une fois envoyer quelqu’un voir si elle vit toujours ?

Allô Madame Zhang ? Dites, ma femme est devenue « maboule » ici. Elle accroche des cadenas partout dès qu’elle voit une chaîne le long d’un chemin. J’en ai déjà pour 2.500 Yuan en budget cadenas, faudra les déduire de la facture hein !

Allô Madame Zhang. Ouais, ça est encore Muller, ici. Ca est rapport à l’hôtel. Y a pas de chauffage et la chasse de la toilette coule. Je vais vous mettre « Test-achat » sur le dos, moi.

Madame Zhang ? Dites, ça ne va vraiment pas, vous savez. On est au restaurant ici. Y nous ont mis des bestioles bizarres dans notre « hot pot » . Et on les voit qui bougent encore. Moi, je vais avoir une attaque ici, si ça continue.

Allo Madame Zhang ? Potferdoume ! Elle a mis le répondeur ! Eh ben ! On est bien nous ici …

Une réponse à « La Mer du Nord, c’est encore loin ? »

  1. […] En Chine, dans ce qui s’appelait alors « La Gazette de Shanghai », je mettrais à égalité La Mer du Nord, c’est encore loin ?,  Home Sweet Home et Le caleçon du Père Noël. Aux States, mes préférés sont Big thicket […]

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