Je le voyais très distinctement. Il s’approchait de moi l’air farouche. Il était en train de descendre lentement, très lentement, le long de la gouttière de la maison. On aurait dit un écureuil tant il était habile à cet exercice. Et pourtant ce n’était pas un écureuil. C’était un fennec. Parfaitement, un fennec ! Malgré la distance qui nous séparait, je pouvais parfaitement discerner ses traits sournois : son museau effilé de renard, sa longue queue pointue et surtout ses grandes oreilles décollées. Cela m’étonnait un peu, d’ailleurs, qu’à cette distance je puisse le détailler à un tel point, moi qui n’ai pas la vue très perçante d’ordinaire.
Il descendait toujours, à la verticale, défiant les lois de la pesanteur. Et plus il descendait, plus il s’approchait, plus j’étais sûr que c’était moi qu’il visait. Pas de doute, je le voyais à ses yeux noirs, brillants, cruels. Sa gueule laissait filer une bave glaireuse. Il se délectait d’avance de ma chair tendre et suave !
Il n’avait négligé qu’un détail, un tout petit détail : c’est que je ne dormais pas. J’en avais l’air pourtant, affalé sur mon transat. Mais, rassurez-vous, tous mes sens étaient en éveil.
A présent, je savais que ce serait lui ou moi, qu’une lutte sans merci était entamée. Alors j’avais décidé de le laisser venir, de jouer son jeu, de lui laisser croire qu’effectivement je m’étais assoupi. Et sous mes paupières à peine entr’ouvertes, je l’observais s’approcher.
Le fennec était à présent tout proche. Je retenais mon souffle, bandant mes muscles. Imperceptiblement, sans que la bête eût pu s’en apercevoir, j’avais ramené mon coude vers l’intérieur afin de lui donner un maximum d’élan lorsqu’il allait frapper, meurtrier. C’était le moment. Le coup fut sec et violent. Crac ! Suivi d’une plainte horrible. La pauvre bête avait pris mon coude de plein fouet. Elle allait sans doute périr sur le champ.
Et c’était alors que je m’étais réveillé. En réalité, c’était Catherine qui avait tout pris. Il n’y avait ni fennec, ni gouttière, ni transat. Il devait être trois heures du matin et nous étions simplement tous les deux étendus, dans le lit conjugal.
Vous parlez d’une gaffe !!!


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