(Traduction d’un article du Houston Chronicle du 29 janvier 2002)
La bonne ville de Kingwood (banlieue nord Est de Houston, Texas), l’un de ces endroits où il fait bon vivre dans la paix et la sérénité, vient de connaître des instants troublés. La scène s’est déroulée un dimanche matin alors que la majorité de la population était encore à l’église. Un groupe suspect d’agents étrangers vient en effet d’y être appréhendé. Aussitôt la nouvelle connue, une des nos équipes est descendue sur les lieux. Voici leur reportage, que nous vous livrons en exclusivité …
Arrivés sur les lieux, nous avons, rencontré l’honorable Mme Kelley, qui donnait une interview à une chaîne de télévision locale. C’est l’épouse de l’honorable George Kelley, juge du comté de Harris. Le Juge et son épouse sont parmi les personnages les plus connus et les plus respectables de la région. Mme Kelley raconte : « Vous savez, ce n’est parce que mon mari est juge, mais moi, j’ai un sens inné de la justice. Et dès que je vois des gens se comporter bizarrement, je n’hésite pas prévenir la police. Je crois qu’il est de notre devoir de dénoncer tous les gens qui portent atteinte à l’intégrité et à la sécurité du Texas. Nous aimons le Texas et l’Amérique par dessus tout et c’est notre devoir de citoyens de les défendre contre toutes les intrusions malveillantes. Je suivais ces gens depuis quelque temps. Ils avaient un comportement bizarre. Je vous le dis, j’ai du flair, et les personnages douteux, je les repère à cent lieues à la ronde.
Ils parlaient en langue étrangère, je crois bien que c’était du russe. Je connais un peu le russe à cause des films d’espionnage que j’adore regarder. Ils allaient et venaient dans tous les sens et dans tous les rayons. Ils prenaient des tas d’articles en main, et les retournaient dans tous les sens, d’un air surpris ou dégoûté. Parfois, le petit bonhomme en mettait l’un ou l’autre dans son caddie, mais le plus souvent la dame les ressortait aussitôt en gesticulant et, lui se fâchait. Je crois bien que tout cela était du bluff pour détourner l’attention de leur vrai but qui était de se débarrasser sournoisement de l’un des enfants qui les accompagnaient. C’était une petite fille chinoise. A mon avis, ils avaient dû la kidnapper, Dieu sait dans quel but malhonnête. Au bout d’un moment, ils l’ont en effet laissée sur place et ont mis les voiles. Je suis restée près d’elle et j’ai voulu appeler la police. La femme a dû s’en apercevoir car elle est revenue précipitamment vers moi et a récupéré l’enfant avec l’air d’une qui l’aurait oubliée. Mais moi, on ne me a fait pas ! D’ailleurs a-t-on jamais vu quelqu’un qui oubliait son enfant dans un supermarché ? Non, n’est-ce pas ! Bref, j’ai joué le jeu, mais dès qu’ils sont partis, j’ai appelé la police. Ils paraît qu’ils les ont arrêtés, ce qui prouve bien que j’avais raison, car moi, j’ai un sens inné de la justice. Je vous l’ai dit : J’ai du flair et je sens dès que j’ai affaire à des gens malhonnêtes « .
Selon nos informations, les suspects, après avoir quitté le supermarché « Randalls » se sont alors rendus au Fast Food « Wendy’s » tout proche. Fait troublant, qui n’a pas manqué d’alerter de nombreux automobilistes qui les ont croisés, ils s’y sont rendus à pied, en longeant le « loop 494 » tout en transportant leurs sacs de courses à la main. Il semble que même les enfants portaient des courses. Et c’est ainsi qu’ils sont entrés dans le Fast Food pour y semer à nouveau le trouble.
Leur victime fut cette fois l’une des jeunes serveuses du Wendy’s, Melle Pénélope Garcia. Lorsque nous l’avons rencontrée, Pénélope était encore en état de choc. Prostrée sur un siège, elle était occupée à se remaquiller, son rimmel ayant coulé. De grosses traînées noires étaient visibles sous les yeux. Pour ne rien arranger, son fond de teint était froissé. Un collègue généreux avait pris place à ses cotés et tentait courageusement de lui remonter le moral par des tapes amicales dans le dos. Ce collègue généreux n’était autre que Mark Wood, dont la photo était visible près du comptoir, avec la mention « Employé du mois ». Pénélope, entre deux sanglots trouve la force admirable de répondre à nos questions: « Ces individus sont entrés par la porte arrière, marquée « EXIT ». Cela m’a frappée, évidemment. Mais ce qui m’a surtout frappée, c’est qu’ils transportaient des sacs de shopping du supermarché « Randalls ». J’ai eu très peur, car je me demandais ce que ces sacs pouvaient bien contenir. Vous savez, avec tout ce qui se passe maintenant, on devient méfiant. Et puis, on n’a jamais vu des gens entrer dans un fast food avec leurs courses. Ils ont regardé la liste du menu pendant un très long moment, en parlant dans une langue étrangère. Puis, le petit moustachu s’est avancé vers moi. J’ai entendu qu’il disait à la femme « Mais pourquoi moi ? », ou quelque chose comme ça, mais je ne sais pas ce que cela voulait dire. Je lui ai dit « Comment allez-vous, aujourd’hui ? » Il m’a fait répéter deux fois, puis m’a répondu « Non merci, ça ira ». C’était très bizarre ! Je me suis sentie très mal à l’aise. Puis il m’a demandé « C’est quoi, un combo ? ». Je lui ai répondu : « Qu’est-ce que vous voulez dire ? ». Il est resté bloqué un moment, puis a dit : « Ben, un combo, c’est quoi ? ». Là, j’ai eu très peur. Tout le monde sait ce que c’est qu’un combo, non ? ? ? ? Je lui ai dit : « Excusez – moi un instant, s’il vous plait » et je suis partie trouver le Manager. Il a décidé d’appeler immédiatement la police et m’a demandé de retourner auprès de ces gens, pour donner le change. Cela m’a semblé une éternité. Le bonhomme commandait très bizarrement. Cela ne ressemblait à rien. Il me demandait si on avait de la « mayonnaise », de la salade et des trucs comme cela. Je crois bien qu’il voulait gagner du temps. Mais dans quel but ? J’avais de plus en plus peur. J’essayais de sourire, mais c’était dur. Il avait vraiment une face sournoise, je trouve. Heureusement, la police est arrivée. Il parait qu’ils avaient déjà été repérés au supermarché.
Mike Reynolds, shérif du comté de Harris, appelé sur les lieux et auteur de l’arrestation, raconte : « J’ai reçu plusieurs appels simultanés à propos d’une bande suspecte. D’abord, d’une cliente du Randalls, l’épouse de notre Honoré Juge. On la connaît bien, elle nous appelle très souvent. C’est pas toujours très-très sérieux, mais on vérifie quand même à chaque fois! On ne sait jamais. Elle les soupçonnait d’avoir enlevé un enfant chinois. Puis, deux ou trois automobilistes qui les ont croisés, alors qu’ils circulaient à pied sur le bas coté de la route avec des sacs de course en main. Et enfin, le Patron du « Wendy’s » nous a appelé à la rescousse. J’ai vu tout de suite que ces gaillards n’étaient pas nets. La bonne femme n’avait pas l’air catholique du tout. Mais c’est surtout le petit moustachu à lunette qui m’a semblé le plus bizarre. Je lui ai demandé son permis de conduire. Il m’a dit « Pourquoi voulez-vous mon permis de conduire, je suis à pied ! » ? Vous voyez le genre, hein ! Une forte tête ! ! A la troisième injonction, il m’a tendu un papier rose dégoûtant, plié en trois, un truc vraiment pas possible. Jamais vu ça de ma vie. Je lui ai dit : « Par l’enfer, qu’est ce que cela ? » (littéralement « What the hell is that ? »). Il m’a répondu bêtement : « Ben, c’est mon permis de conduire, vous ne savez pas lire? « . Il a ajouté que c’était un permis de conduire belge (ou un mot comme cela). Jamais entendu cela. Il se moquait de moi, évidemment. Vous savez, moi, des permis de conduire, j’en vois tous les jours, alors vous parlez si je m’y connais. Je suis capable d’identifier ceux de tous les états d’Amérique, même de Hawaii ou de l’Alaska. Alors, on ne me la fait pas, à moi. Bref ! J’ai fait ni une ni deux et j’ai embarqué tout ce petit monde. Au trou ! Pour le moment, on est en train d’analyser leurs sacs de courses, pour voir s’ils ne recèlent pas de substances dangereuses, genre anthrax ou autres. Et, bien sûr, on les interroge. Ils ont intérêt à se mettre à table, sinon ils vont dérouiller, croyez moi ! » …
Voici tout ce que l’on peut dire au stade actuel sur ces agents étrangers pour le moins suspects. Notre journal vous tiendra bien évidemment au courant de la suite de cette pénible affaire …
***
Bon, alors : fiction ou réalité ??? Fiction, bien sûr, mais pas tant que vous l’imaginez. Ėvidemment, on n’a pas été arrêtés par la police le jour de notre première sortie à pied en dehors de notre hôtel de Kingwood. Mais, c’est pourtant vrai que, tout à notre excitation, on en avait presque oublié Luna dans son caddie chez Randalls ! Vrai aussi qu’on s’est fait remarquer en marchant le long de la grand route (car personne ne marche à Houston …), surtout avec nos sacs de courses en main. Vrai encore qu’on a eu l’air d’extraterrestres qui débarquaient en en passant notre commande au fast food « Wendy’s ». Vraie toujours, la tête du flic qui m’avait demandé mon permis de conduire …


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