Julie mai 2007

C’est ce que l’on appelle un « milestone » en anglais. C’est-à-dire un jalon, un point de repère, une étape importante de la vie. On en parle à peu près dans tous les films américains qui évoquent l’adolescence, la jeunesse dorée et les amourettes. Prom, c’est la grande fête d’adieu au lycée, mais bien au-delà, c’est presque un rite de passage. La fin de l’enfance.

Et voilà ! Julie a donc eu « sa » Prom, dans la plus pure tradition américaine : le dîner aux chandelles et le grand bal en toilette somptueuse, au bras de son chevalier servant, ensuite toute la nuit et la journée du lendemain à faire la fête entre jeunes sur la plage de Surf Side, au sud de Houston.

Pour une belle fête, ce fut une belle fête, si j’en crois ses commentaires réjouis, les photos qu’elle en a ramenées et celles qu’elle nous a montré sur son blog « facebook ». Ils étaient trente-deux jeunes (seize couples) dans un petit bungalow de Surf Side. Avec un tel nombre, et une telle promiscuité, on aurait pu craindre quelques … débordements. Hum ! Hum ! Mais non, rassurez-vous, il n’en a rien été. Il faut dire que les jeunes étaient accompagnés en permanence d’un escadron de chaperons et chaperonnes (en français dans le texte !), l’œil aux aguets, prêts à parer à tout moment à tout dérapage intempestif question sécurité et moralité. Les chaperons étaient des parents volontaires. Pour une fois, Catherine et moi avions décidé de laisser la place aux autres, car franchement on se sent un peu esseulés dans le milieu des parents d’école. Et puis, les Américains adorent cela chaperonner, organiser, contrôler, surveiller… Les parents avaient même constitué des comités, et des sous-comités ad hoc, chargés de s’occuper des moindres petits détails de la fête. Il y avait par exemple un comité « food » dont la tache principale consistait à établir les menus qui seraient servis dans le bungalow et statuer sur des questions aussi fondamentales que la marque et la taille des saucisses et des hamburgers.

Côté moralité, les professeurs et les conseillers pédagogiques avaient bassiné les jeunes durant les semaines précédentes de discours moralisateurs sur les méfaits de l’alcool et de la drogue et l’importance de préserver sa virginité jusqu’au mariage. Qui s’en plaindra. Pas nous, évidemment ! Donc, une belle fête oui, mais pas une guindaille. Rien à voir avec nos débordements estudiantins au Carré à Liège dans les années quatre-vingt. Autres lieux, autres temps, autres mentalités …En ce qui concerne le chevalier-servant de Julie, nous pouvions dormir sur nos deux oreilles. Julie avait accepté son invitation avec enthousiasme, mais elle avait très vite mis les choses au point avec ce garçon quant au futur déroulement des opérations. Il ne fallait surtout pas qu’il se fasse la moindre illusion, il ne devait rien espérer. En résumé, il était là juste pour le décorum, en particulier pour les photos. Point. Et surtout, il ne devait pas la « coller ». Julie avait bien l’intention de s’amuser avec ses copines, qu’il se le dise. Et bien qu’il ne m’ait pas été présenté, et que je n’ai découvert sa physionomie que sur les photos après la fête, je dois dire que je ressentais pour ce garçon une certaine sympathie. Sans le connaitre, je le plaignais un peu. C’est que la Musaraigne, sous ses airs angéliques, peut se révèler parfois froide, calculatrice, manipulatrice et impitoyable comme une tigresse qui jouerait avec sa proie.  Je présume qu’elle tient un peu de son père…

Bref ! Prom, c’est du passé. Il nous en reste ces magnifiques photos à contempler. Et un décompte final que Julie vient de me remettre à l’instant. Je le regarde avec un mélange de satisfaction et de consternation. Satisfaction, car le chiffre affiché en gras, en bas de page, est quand même moins élevé que prévu, mais consternation aussi car l’addition est tout de même salée. Julie a pris soin de souligner au marqueur jaune fluo les montants du décompte que je dois encore lui rembourser. Par discrétion, je ne parlerai pas ici de chiffre, mais franchement dit, la liste me fait un peu penser à notre budget de mariage. Robe, coiffure, manucure, pédicure, bijoux, fleurs et boutonnière, transport, location de la Beach house, frais de nourriture et boissons, photographe et j’en passe …

Quelques semaines plus tôt, la discussion préparatoire à l’acceptation du budget avait été serrée. Catherine et moi étions parvenus à arracher à Julie, de haut lutte (dont coût : deux jours avec l’image et sans le son et de nombreuses portes claquées) une maigre contribution que nous avions estimé par la suite à quelque 50 dollars. Soixante tout au plus. Une goutte d’eau… Julie avait bien insisté dans son estimation budgétaire sur les postes où elle avait marqué « zéro », comme les chaussures par exemple, et où donc, selon ses termes, nous « économisions » de l’argent (sic !). Rassurez-vous, Julie n’est pas sortie pieds nus à la soirée. Simplement, magnanime, elle a pris sur elle de ré-utiliser des chaussures que nous lui avions offertes il y a deux ou trois mois, pour une autre soirée. Et comme dans toute discussion portant sur des questions financières, Julie n’avait pas manqué de nous rappeler que ce n’était pas de sa faute si elle ne pouvait pas travailler aux USA. Il est vrai en effet, qu’en raison de son visa, toute opportunité de travail d’étudiant lui est automatiquement refusée. En réalité, son visa, c’est l’argument parfait pour elle, qui lui donne à la fois bonne conscience pour ne pas chercher de travail et pour nous extorquer de l’argent lorsque c’est nécessaire. L’argument est effectivement imparable et elle l’utilise avec une science consommée. Je ne lui en veux pas. C’est de bonne guerre, et il faut bien que jeunesse se passe, n’est-ce-pas ?

D’ailleurs, ne croyez pas que l’argent soit ma préoccupation principale au moment où j’écris ces lignes. La Prom de Julie, c’est bien plus qu’une dépense à mes yeux. C’est d’abord un merveilleux souvenir, que nous avons eu la chance de pouvoir lui offrir. Et puis, comme je l’indiquais plus haut, c’est effectivement une étape, une page qui se tourne. La fin de quelque chose : dix-huit ans passés à ses cotés, à la voir grandir en beauté et en maturité, se transformer, développer sa sensibilité et son charme de jeune femme, affirmer sa personnalité, dix-huit ans à lui transmettre tout notre amour, dix-huit ans pour être prête à voler de ses propres ailes. C’est la fin de quelque chose donc, et bientôt le début d’autre chose, pour elle. Une autre vie qui commence. Sa vie, en fait. Sans nous.

Mais parlons d’autre chose, comme dit Brel dans la chanson …

* * * *
Pour visionner les photos, cliquez sur http://www.flickr.com/photos/jpmuller/sets/72157600208347595/ 

puis « view as slideshow »

5 réponses à « Prom ! »

  1. nice dad nice but just one thing you didn’t buy those shoes I had bought them MYSELF 6 month ago

  2. Avatar de A et R Müller
    A et R Müller

    Et nous voilà transportés dans un monde de « strass et de paillettes « où tout est lisse ,beau et tendre.Pour peu ,on vous verrait bien monter le grand escalier de « Cannes » Quelle est cette toute jeune femme qui joue si bien de ses charmes ? Pourrons-nous encore la rejoindre ?
    La page est en effet « tournée »La vie,Sa VIE,est là devant….pleine de promesses!Ne pensons ,pour l’heure,quà cet aspect des choses et souhaitons lui « le meilleur ».
    Discrètement et sans vous décoiffer,nous déposons, sur vos beaux visages,un très léger bisou

  3. Avatar de laurence sebeyran
    laurence sebeyran

    tu es ravissante et dans tes yeux quel feu…ligne de la nouvelle piece mais qui te correspond tout a fait !!! bisous Laurence.

  4. Salut juju !!!! Trop bonne journée passé avec toi hier !
    Merci encore pour cette belle day !

    Tres tres joli site,franchement je dis bravo ! Vous ecrivez tres bien !

    cedric (de bxl)

  5. […] à Golconde (Je pense que c’est la seule fois où j’ai parlé de mon boulot sur mon blog », Prom !  (Seigneur, comme elle était belle notre Ju-Ju !) et Luna : Je voudrais être blonde et avoir […]

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