A la demande générale, nous avons décidé de renouer avec une vieille habitude : l’interview des enfants, et dans le cas présent, de la benjamine de la famille : Luna. Surtout qu’elle a de grandes choses à nous raconter : elle était, en effet, parmi les 5 enfants qui ont eu l’immense honneur d’accueillir le roi Albert II et la reine Paola à leur arrivée à l’Ambassade belge à New Delhi, le 5 novembre dernier.
Alors, vite, ne boudons pas notre plaisir et, sans plus attendre, recueillons de notre chère petite Luna le témoignage de ces instants de pur bonheur et de grand honneur.
Je m’approche d’elle. Elle a le nez plongé dans sa DS, son game boy nouvelle formule, un truc plutôt pour les garçons, mais Luna, justement, a un petit coté « Tom Boy » (garçon manqué). J’ai déjà toussé trois fois, mais elle n’a pas encore levé la tête dans ma direction.
Moi : « Dis, euh, Luna, si je te dérange, dis-le tout de suite ! »
Luna (s’apercevant de ma présence) : « Ah, salut P’pa ! »
Moi : « Alors, raconte-nous, ça c’est bien passé avec le roi ? »
Luna : « Roi ? Quel roi ? »
Moi (l’air ébahi) : « Comment ça, quel roi ? Le roi Albert et la reine Paola que tu as rencontrés l’autre soir à l’Ambassade de Belgique ! »
Luna : « Ah ouais, eux !»
Moi : « Qu’est-ce qu’il t’a dit le roi ? »
Luna : « Rien, il m’a juste fait tap ! Tap ! Tap ! »
Elle a dit cela en tapant trois fois sur sa tête avec le plat de la main, toujours les yeux rivés sur sa DS.
Moi (déçu) : « Ah bon, c’est tout ? Et la reine ? »
Luna (blasée) : « La reine, elle a parlé qu’aux garçons. Surtout à Romain, celui qui m’appelle toujours « Copine » (NB : elle a dit « copine » avec l’accent liégeois, c’est très comique!) et qui me court toujours après. »
Moi : « Mais tu es fière d’avoir accueilli le roi et la Reine de ton pays ? »
Luna (très blasée) : « Pfou ! Mon pays, c’est la Chine !»
Elle dit « Sine », car elle a toujours gardé ce petit défaut de prononciation de sa prime enfance, elle prononce les « ch » « s ». Elle dit un « sien », un « seval », et un « sou de Bruxelles ». C’est trop mignon. Par contre, pour la visite royale à Delhi, je pense qu’on est de la revue. J’ai bien peur que nous n’en apprendrons pas plus de la bouche de Luna sur cet important événement. Tant pis ! Y’a plus qu’à regarder « Place royale » sur RTL Télévision …
Mais je ne me laisse pas démonter et j’enchaine avec mes questions. Entre temps, Luna a délaissé sa DS et tourne à présent autour de moi, à quatre pattes, en imitant un petit poney au trot.
Moi : « Et tu es contente de vivre à Delhi ? »
Luna : « Mwouais, ça va ». Mais, il y a beaucoup de poubelles (NB : je pense qu’elle veut dire des détritus car précisément, ça manque de poubelles…) et plein de pauvres dans la rue.
Moi : « Et les enfants qui mendient dans la rue, ça te rend triste ? »
Luna : « Oui, mais je préfère pas les regarder. »
Et oui, c’est une des tristes réalités de l’Inde … La crasse et la saleté omniprésente, et la mendicité. En ce qui nous concerne, Catherine et moi, nous nous efforçons de donner un peu de réconfort à ces enfants avec des biscuits et des bonbons, jamais d’argent, mais nos propres enfants semblent ne pas les voir. C’est sans doute une façon de se protéger… Cela fait un peu mal au cœur, on voudrait les sensibiliser, mais je ne veux pas les juger. Après tout, ils n’ont pas demandé à vivre en Inde … C’était notre choix, pas le-leur !
Moi : « Et qu’est ce que tu aimes bien de l’Inde ? »
Luna : « J’aime bien notre maison, les éléphants dans la rue, les bijoux, les chameaux, Ganesh (le Dieu à tête d’éléphant) et l’équitation. »
Luna s’est arrêtée de tourner en rond, ce qui m’arrange, car je commençais à avoir le tournis. Maintenant elle est face à moi, toujours à quatre pattes, la langue pendante, haletante comme un petit chien.
Moi : « Et ton école, elle te plait ? »
Luna : « Oui. C’est super ! J’aime bien mon teacher, Mister G » (NB : son vrai nom, c’est Giangrosso, mais les enfants l’appellent « G », c’est plus facile.) et j’ai des bonnes copines : Emilia, So-Jung, Lizzie, Jasmine et Mira … J’adore mon école. Surtout les activités l’après midi. Je vais à la gymnastique et je vais bientôt commencer Tai-kwon-do. Youpie ! »
Comme vous voyez, Luna est très « physique ». C’est une petite boule de nerf, hyperactive, qui vit à 100 à l’heure. Quand on la voit, on ne peut pas s’empêcher de se dire qu’elle rayonne de joie de vivre …. Quant à l’école américaine de Delhi, c’est vrai que c’est vraiment une très chouette école, très jolie, une bulle dans la ville, véritable microcosme où toutes les nationalités sont brassées, avec un excellent programme scolaire et des tas d’activités extrascolaires. Heureusement, car Delhi avec son transport chaotique et ses distances immenses n’offre que très peu de possibilités pour les enfants. Un dimanche, nous nous sommes aventurés dans le quartier pour tenter une petite balade à vélo. On a frôlé la crise de nerf ! Et nos vélos sont retournés dans la cave pour longtemps, je pense !
Mais reprenons le fil de nos questions …
Moi : « Et ça se passe bien à l’école ? »
Luna : « Ouais, j’ai rien que des A et des B. » (NB : Je confirme : elle est bonne élève. Elle semble avoir surpassé ses petits problèmes de math du début de ses primaires). « Mais j’aime pas les cours de français. Beurk ! » Et oui, il faut bien lui donner un peu de rattrapage en français, ce n’est jamais gai les cours après les cours …
Luna s’est assise sur mes genoux. J’en profite pour passer à des questions plus graves : Moi : « Qu’est-ce qui te fait peur dans la vie, Luna ? »
Pour la première fois depuis le début de notre entretien, elle prête vraiment attention à moi. Sa réponse fuse :
Luna : « J’ai peur que vous divorciez avec maman. Si une femme est amoureuse de toi, je vais la tuer avec une pomme empoisonnée ! »
Waouh ! En voilà des idées. Vous voilà prévenues, Mesdames, gardez vos distances de ma personne et surtout méfiez-vous si un jour Luna vous tendait une pomme. Des fois qu’elle vous jugerait trop entreprenante … Sa réponse m’a surpris et pour dire la vérité, un peu flatté ! Car Luna n’est pas vraiment du genre câline. Elle exprime peu ses sentiments. Comme une chatte, elle déteste la solitude, cherche systématiquement la compagnie, mais dispense ses câlins avec parcimonie et uniquement quand elle en a envie. Bref ! Elle vit sa vie … Les jours de grasse matinée, quand elle estime qu’on a assez dormi, et plutôt que de venir se lover dans notre lit comme le faisaient Julie et Tom, Luna vient nous secouer en nous demandant : « Bon, alors, on mange ou quoi ? »
Moi : « Et qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? »
Luna : « Manger ! Regarder le grand film du samedi soir (NB : projection sur grand écran : une institution chez les Muller à laquelle Luna est effectivement très attachée),ou quand tu me mets au lit. (NB : je lui raconte des histoires d’une petite fée appelée Didinette. Je les ai mises sur CD, on en est déjà au sixième CD et Julie a commencé à illustrer les histoires. Dans quelques mois, on sera riches dès qu’on les aura publiées. Luna en est persuadée, en tous cas !)
Moi : « Et quoi encore ? »
Luna : « J’aime bien jouer à la Wii ou au computer, regarder la télévision, faire de la gym ou de l’équitation. »
Moi : Alors, comme cela, tu aimes bien manger ? Et qu’est-ce que tu aimes le plus ?
Luna : « Mon plat préféré, c’est les spaghetti bolognaise. Yamie ! Et aussi les smoothies, les fruit rollups, le riz chinois, et une coque aux œufs le matin. » (NB : Luna veut dire des œufs à la coque).
Moi : « Et qu’est-ce que tu feras plus tard ?
Luna : « J’aurai un manège avec plein de chevaux, on aura un hôtel pour les clients et ce sera Julie la Manager et toi tu seras la banque. » Houlà ! J’ai l’impression que mes petites économies pour ma pension sont déjà convoitées par quelqu’un !!
Moi : « Tu auras des enfants quand tu seras grande ? »
Luna : « Non, je n’aime pas les bébés. Ca fait pipi et caca tout le temps et ils crient quand tu veux faire la sieste. Et je ne veux pas de mari. Je n’aime pas embrasser. Beurk ! »
Moi : « Tu t’es bien amusée en vacances en Belgique, l’été dernier ? »
Luna : « Ouais, on a été à la mer, j’ai fait de l’équitation, on a vu des chateaux de sable immenses et j’ai tenu une tarentule dans mes mains. Et puis, on avait loué une petite maison à la compagne (sic !), et tous les matins, on allait chercher des murtilles (re-sic !) dans les bois et on allait nourrir des chevaux. On a fabriqué des radeaux et puis on a fait des courses avec dans la rivière. J’avais le droit d’aller dans l’eau avec mes bottes. C’était trop gai ! Et puis, on est allés à Plopsa à Coo,.. J’aimais trop bien le rollercoaster. Et après, on a été au Parc d’aventures de Forestia. C’était comme à Fort Boyard. Mais j’étais trop petite alors je pouvais seulement faire le circuit écureuil. C’est injuste ! Je voulais aller sur le grand circuit avec Tom et Julie ! » Là, elle se met à ronchonner avec sa petite bouche en rond et ses sourcils froncés, ce qui lui fait une petite trogne si mignonne que je ne résiste pas à l’embrasser.
Je la prends dans mes bras et je lui souffle dans l’oreille : « Tu sais que tu es la plus belle petite fille du monde ?
Elle minaude et me répond : « C’est pas vrai, je ne suis pas belle. J’aime bien mes yeux et mes cheveux, mais je voudrais être blonde, et je voudrais avoir la peau blanche comme Julie et avoir des poils. »
Sur ce, elle a rallumé sa DS. C’est sa façon à elle de me montrer que l’entretien est terminé. Je reste un peu sur ma faim, mais après tout, je me dis que cette petite heure qu’elle m’a consacrée, c’est déjà pas mal !
Je l’embrasse encore et jette un rapide coup d’oeil sur son petit écran. C’est un jeu avec des chevaux, bien sûr… Je l’aurais parié! 🙂






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