
Lorsque j’avais posté sur ce blog, quelques semaines plus tôt, la chronique humoristique de mes tribulations dans la capitale économique indienne, j’étais bien loin d’imaginer que les lieux que j’y décrivais allaient devenir le théâtre sanglant de l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire indienne post indépendance. En effet, en ce 26 novembre 2008 le Taj Mahal, hôtel mythique s’il en est, ainsi qu’une demi douzaine d’autre lieux symboliques de Bombay était pris d’assaut par un groupe d’une dizaine de « fous de dieu » résolus à y perpétrer un carnage démentiel au prix de leur vie. Venus par la mer, ils avaient débarqués quelques minutes plus tôt à bord de canots à moteurs à la « Porte des Indes », la fameuse Gateway of India, celle la-même que j’avais retenue comme symbole pour ma précédente chronique (cf. la photo ci-dessous). Durant trois jours, cette poignée de fanatiques ont tenu les forces de l’ordre en échec et semé la terreur et la désolation le long de leur mortelle randonnée.
Nous avons appris la nouvelle de ces terribles événements dans le train qui nous ramenait de Rishikesh, à cinq heures au de Delhi. Nous y avions passé trois jours calmes et paisibles, dans un cottage du parc naturel de Rajaji et ensuite sous la tente, sur les berges du Gange, quasiment coupés du reste du monde, sans téléphone ni électricité. Ce fut un terrible choc pour nous et un brusque retour à la « civilisation ».
Un mois plus tard, les hôtels Trident Oberoi et Taj Mahal viennent de rouvrir leur porte dans le faste digne des productions bollywoodiennes, comme si on voulait conjurer le mauvais sort et chasser à jamais ces terribles souvenirs pour les ranger au rayon des vilains cauchemars.
Pourtant, le traumatisme est grand. le bilan de ces tragiques journées est catastrophique aussi bien pour les quelque 200 innocentes victimes des terroristes et leurs familles endeuillées que pour l’image internationale de l’Inde.
La population indienne veut qu’on lui désigne des coupables. Des têtes tombent, les unes après les autres au niveau des autorités politiques indiennes et des forces de l’ordre, et la tension est remontée de plusieurs crans avec le voisin pakistanais accusé d’avoir favorisé en son sein l’éclosion de viviers pour terroristes fanatiques. Du coup, les bruits de bottes se sont réveillés à la frontière entre les deux pays et la tension est palpable.
Est-ce la fin du grand rêve indien de décollage économique ? C’est bien trop tôt pour le dire. Mais les inquiétudes sont énormes ; Cette crise arrive au plus mal, puisqu’elle vient s’ajouter à la débâcle financière globale. Conséquence : « l’Incredible India ! » en a pris un sérieux coup et perdu de sa superbe. L’Inde « fascinante et envoutante » ne fait plus guère recette. Les réservations d’hôtel par les hommes d’affaires et les voyagistes marquent le pas. L’année 2009 se termine sur note très sombre pour « l’éléphant tranquille ». La folie des hommes n’a décidément pas de limite …


Répondre à chantalhemroulle Annuler la réponse.