Je l’avais promis ! Après le hit-parade des “tops”, voici venu le temps des “flops” ! Comme dit le proverbe : « Qui aime bien, châtie bien ». Je suggère aux Sud-africains qui me lisent d’aller se faire cuire un petit braai ou d’allumer la télé : Il y a sûrement un match de cricket, de rugby ou du golf à regarder. Je dis ça parce que je crois qu’ils ne vont pas aimer ce qui suit, les Sud-Africains… Les autres, restez avec moi : Nous allons dire du mal de l’Afrique du sud. Je sais, ce n’est pas très charitable pour mon pays d’accueil, mais ça fait du bien de temps en temps de se lâcher un peu, pas vrai ? Mais avant que je commence, je dois vous avertir que, eu égard à mon statut de représentant officiel belge en Afrique du sud, je suis astreint à un devoir de réserve, ce qui veut dire concrètement que je ne pourrai pas faire de commentaires sur la politique ou les politiciens du pays. Dommage, parce que j’aurais bien eu deux ou trois trucs à dire. Bref ! Allons-y pour les “flops” …
Adidas : Si pour vous, Adidas, c’est une marque de vêtements et de chaussures de sport à trois bandes, c’est probablement que vous n’avez jamais mis un pied en
Afrique du Sud. La première fois que j’en ai vus, des adidas, c’était alors que nous étions en voyage de reconnaissance à Johannesburg, à la recherche d’un logement pour notre future installation. Ce sont de grands oiseaux de la famille des ibis, assez beaux je dois dire, malgré leur plumage un peu terne. J’avais dit “ Oh les beaux oiseaux !” à la dame de l’agence immobilière qui nous faisait visiter. Elle m’avait répondu : « Quoi ? Ces sales adidas ? Pitié ! » Ça m’avait étonné. Je m’étais d’abord demandé pourquoi elle les appelait des adidas, car ils n’ont pas trois bandes sur le côté (Hahaha ! Elle est bonne, non ?) Ce n’est que plus tard, quand j’ai fait des recherches sur internet, que j’ai compris. En fait, ce sont des “hadeda ibis”, mais les gens ici disent “hadedas”, et ma petite Catherine et moi, on avait compris “adidas”. Et c’est resté, on continue à les appeler comme ça. Ce qui m’avait aussi étonné, c’était que la dame était tellement remontée contre ces oiseaux. Mais j’ai eu vite compris aussi. Tout le charme de ces volatiles s’évanouit dès qu’ils ouvrent le bec, ce qui est malheureusement assez fréquent. Comment dire ? Leur ramage ne ressemble pas vraiment à leur plumage (déjà pas terrible, comme je le disais plus haut)… Leur chant, ou plutôt leur cri, ressemble à un horrible croassement. Vous voyez, les ptérodactyles, ces dinosaures volants aux mâchoires en forme de bec ? Et bien, c’est tout à fait le genre de cri qu’ils devaient pousser. En plus, ces bestioles pullulent dans les quartiers résidentiels comme celui où nous habitons et elles se lèvent aux aurores, pire que des coqs. Pas besoin de réveil en Afrique du sud, les adidas se chargent de vous tirer du lit. Les Sud-Africains les surnomment les « flying Vuvuzelas », c’est dire ! Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ces charognes adorent picorer dans nos jardins et se promener sur les terrasses à la recherche des restes de votre braai de la veille. On peut les suivre à la trace, le matin, grâce aux larges déjections qu’ils laissent traîner sur leur passage : on dirait des œufs sur le plat. Sales bêtes va ! Sur une échelle de cinq, je leur attribue deux “flops”. Et encore, je suis gentil.
Bafana Bafana : Oui, je sais ce que vous allez me dire. Dans ma chronique précédente, j’en parlais dans les “tops”. Et voilà que les mets dans les “flops”. Faudrait savoir ! Ben oui, mais depuis la dernière fois, il y a eu du nouveau. Tenez-vous bien : ils ont viré Gordon Ingesund (c’est l’entraîneur). Si vous vous rappelez, je m’étonnais moi-même qu’il fut encore en poste après les prestations médiocres répétées de l’équipe nationale. Mais, ce que je n’ai pas aimé, c’est la manière. Figurez-vous que, le mois dernier, les Bafana Bafana sont allés faire une petite tournée en Océanie pour affronter l’Australie et la Nouvelle Zélande en matchs amicaux. C’était prévu de longue date, en guise de préparation aux éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), qui commenceront immédiatement après la Coupe du Monde de foot au Brésil. Eh bien, figurez-vous que quinze joueurs (oui, vous bien lu : quinze !), ont déclaré forfait. Toutes les excuses y sont passées. La cousine du Kwazulu Natal en visite, une petite douleur à l’oreille, les vacances à l’île Maurice, la Mama qui doit bientôt accoucher, une petite rechute de malaria ou de goutte, et j’en passe … C’est pas joli-joli, les garçons-garçons ! (NB : “Bafana”, ça veut dire garçon en zulu). Si ce n’est pas de la mutinerie, ça, alors je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Bref ! Le pauvre Ingesund est donc parti au pays des koalas et des kiwis avec l’équipe C (ou D ?) et a reçu sa “lettre de démission” au retour. C’est moche … Enfin, le point positif, je trouve, c’est que même avec l’équipe D, ils ont fait match nul à Sydney et à Wellington. L’honneur est sauf. Mais pas pour les joueurs de l’équipe A. Je leur mets donc un petit “flop” à tous ces mauvais garçons, et c’est bien parce que j’aime le foot !
BEE : BEE, ce n’est pas une abeille, mais bien un acronyme pour “Black Economic Empowerment”, le programme gouvernemental de discrimination positive mis en place pour redresser les déséquilibres causés par l’apartheid. Je ne vais pas vous ennuyer avec cela, mais en résumé, les entreprises détenues par les blancs, de même que les entreprises étrangères qui veulent faire du business en Afrique du sud, sont de facto obligées de s’associer avec des partenaires noirs, et d’engager des noirs dans les fonctions managériales, si elles veulent réussir en Afrique du sud. Et si elles engagent des femmes noires, c’est encore mieux, ça vaut plus de points. L’idée est bonne, certes, mais la pratique, désastreuse. Cette politique a profité à un tout petit nombre de noirs, proches du parti au pouvoir (que je ne citerai pas), et qui ont ainsi pu s’enrichir honteusement en devenant actionnaires des filiales locales des grandes multinationales. On les appelle ici les “Black Diamonds”, les diamants noirs. Ce sont eux aujourd’hui les plus grandes fortunes de l’Afrique du Sud. À cause du BEE, les entreprises ne peuvent quasiment plus engager de blancs (ni d’étrangers), ce qui provoque une fuite des cerveaux vers d’autres pays plus accueillants pour eux : le Canada et l’Australie par exemple. C’est bête car tout le monde y perd. Aujourd’hui, les entreprises sud-africaines sont pleines d’employés fantômes, des noirs qu’on engage pour des emplois fictifs en leur disant : « Surtout, restez chez vous … », tout cela dans le seul but de faire monter leur score BEE. Par contre, les perles rares, en particulier, les femmes noires talentueuses, on se les arrache, et elles passent d’une boîte à l’autre tous les six mois en faisant grimper les salaires. Tout le marché de l’emploi est déstabilisé. Finalement, le principal (le seul ?) élément positif que je vois dans la politique du BEE, c’est que ma fille aînée, Julie, a cartonné dans sa thèse de Masters à l’université de Portsmouth sur le thème : « L’impact de la politique du BEE dans la gestion des ressources humaines des entreprises étrangères en Afrique du sud » en décrochant la grande distinction. That’s my girl ! Allez ! Je donne trois “flops” pour le BEE (et cinq “tops” à Julie) !
Biltong : c’est de la viande crue séchée. Ce n’est pas mauvais-mauvais, mais ce qui m’énerve c’est que les Sudafs en font tout un plat de leur biltong. Quand j’ai goûté pour la première fois, je m’attendais à un truc vraiment sensas. Je croyais atteindre le nirvana. Eh bien, j’ai dû débander (si vous me permettez l’expression). La plupart du temps, c’est à peine mangeable. Ça devrait être sec, mais c’est généralement plutôt spongieux, caoutchouteux : faut mâcher pendant des heures. Et puis, on ne sait pas trop ce qu’il y a dedans et, à mon avis, il vaut mieux ne pas savoir. Quand on a découvert de la viande de cheval dans nos hamburgers et nos saucisses en Europe, ils se sont mis à faire des analyses, ici aussi. Sans grande surprise, on y a trouvé du buffle, du kudu, de l’antilope, de l’autruche mais aussi … du zèbre et même de la girafe (c’est vrai !). Les ventes ont chuté sèchement et, pour régler le problème, on a tout simplement arrêté les analyses ! Enfin voilà… Désolé ! Le biltong, ce n’est pas mon truc. Tant pis si c’est une institution ici, le seul produit (avec le Coca Cola) que l’on peut trouver dans tous les supermarchés, les stations services, les pharmacies, les salles de sports, les bars et mêmes les magasins d’antiquité de Stellenbosch. Je revendique ma belgitude, je préfère de loin nos saucisses sèches, nos bi-fis et nos cervelas et je donne un petit “flop” aux biltongs.
Gogga : C’est le mot qu’on utilise ici pour désigner les petites bêtes rampantes et volantes, les insectes, quoi ! Ça se prononce avec un “G” guttural, car cela vient du mot “xo xo” en khoikhoi. Côté moustiques, on n’a pas trop à se plaindre, je dois dire. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi cela veut dire beaucoup. Car après cinq années passées à Delhi, dans la crainte de la fièvre dengue, nous sommes arrivés ici traumatisés, nous faisions une véritable fixation sur les moustiques. Nous sommes d’ailleurs une des rares familles que je connaisse à avoir échappé à la fièvre dengue sur une aussi longue période à Delhi. Ça, c’était grâce à notre sergent-major Catherine De Raeymaeker, qui passait toute la famille au “mosquito repellent” dès qu’on mettait un pied en dehors de la maison lors de la saison critique. Donc, pas trop de moustiques, mais d’autres petites bêtes. Des araignées, notamment. Des “rain spiders” en particulier. Elles sont immenses et, quand il pleut, elles font comme tout le monde, elles ont envie de se mettre à l’abri, à la maison. Dans votre maison, en particulier. En fait, en deux ans, on n’en a vu qu’une seule. Elle descendait tranquillement le long du mur de la maison et allait rentrer par la fenêtre ouverte de notre chambre. Une belle bête, je dois dire; moi, je les aime bien, en fait, les araignées, mais pas sur moi ni chez moi. Je l’ai chassée avec une grosse brosse de cuisine à long manche. Surtout ne pas la tuer. Trop belle ! Mais le lendemain, on a quand même fait installer des moustiquaires sur toutes nos fenêtres. Pas pour les moustiques, mais plutôt pour les araignées …
Un peu plus tôt, on avait trouvé une veuve noire qui se promenait sur la terrasse. Ça, c’est rarissime. Nos voisins n’ont pas voulu le croire, mais c’est vrai : je connais l’Afrique, n’oubliez pas que j’y suis né. Bon, d’accord, je n’y suis resté que 15 jours après ma naissance à Kamina, mais c’est dans mes gènes. Ça ne trompe pas
. Et je connais les veuves noires, aussi. Assez menues, surtout comparées aux “rain spiders”, avec un abdomen tout rond et noir d’ébène, et une belle tache rouge en forme de sablier sur le dos. Attention, achtung ! Piqûre mortelle. Celle-là, on a bien dû la tuer. Dommage, je n’aime pas faire ça, mais faut quand même pas prendre de risque, hein !
Mais finalement le “gogga” que j’aime le moins, ce sont les punaises. On n’en a pas beaucoup chez nous, mais il y en a souvent dans les hôtels, les “bed & Breafast” ou les “guest houses” avec des toits de chaume (c’est la grande mode ici, pire qu’en Normandie). Ces bestioles se cachent dans le chaume; la nuit, elles entrent en action. Elles font un bruit d’hélicoptère, mais volent comme des porte-avions et, à tous les coups, vous tombent dessus en plein dans votre sommeil. En plus, elles secrètent un liquide puant (d’où leur nom “stink bug” en anglais), quand elles se sentent en danger. Yak ! Ou plutôt, je devrais dire “kak”… Ça veut dire “caca” en Afrikaans, mais ils le mettent à toutes les sauces : “Kak funny” (à mourir de rire), “kak boring” (ch… au possible), “kak cold” (froid de canard), “talking kak” (dire des bêtises) etc. Bref ! Deux “flops” pour les goggas !

Grèves : Pile au moment où j’écris ces lignes, la plus longue grève de l’histoire de l’Afrique du sud, celle des mines de platine de Rustenburg (c’est tout près de chez nous), vient juste de se terminer, après plus de cinq mois d’un bras de fer dévastateur. C’est dramatique. Il n’y a malheureusement pas lieu de faire de l’humour avec un tel sujet. Ainsi donc, pendant plus de cinq mois, 70.000 mineurs et leurs familles, souvent nombreuses, ont été privées de tout revenu. J’en veux beaucoup à leur syndicat qui les a entraînés dans une grève perdue d’avance, leur faisant miroiter des augmentations de salaire mirobolantes, qu’ils n’ont évidemment pas obtenues, loin s’en faut. Je leur en veux encore plus, à ces syndicats, d’avoir fait exécuter froidement des mineurs non-grévistes qui prétendaient reprendre le travail (il y a eu ainsi plus d’une dizaine de ces assassinats perpétrés à l’arme blanche). J’en veux aussi aux “majors” du platine : Anglo American Platinum (Amplats), Impala Platinum et Lonmin, qui ont attendu cyniquement que les grévistes se fatiguent et reprennent le travail docilement, en annonçant d’ores et déjà que tout le monde ne serait pas repris … Les majors du platine avaient secrètement amoncelé des stocks que les 5 mois de grève ont à peine entamés. Le cours du platine n’a quasiment pas bougé, malgré l’arrêt total de la production; par contre, la cote des trois sociétés a bien augmenté à la bourse de Johannesburg. Les actionnaires ont pu se frotter les mains.
Enfin, j’en veux au gouvernement sud-africain qui n’a rien fait, ou si peu, pour désamorcer la crise. On a bien vu débarquer une fois ou deux, sous les feux des projecteurs, le Ministre de tutelle dans sa limousine de grand luxe au beau milieu des baraquements des mineurs, pour parrainer une ixième réunion de la dernière chance. Peu avant l’annonce de l’accord (ou devrais-je dire de la reddition), il avait déclaré qu’il avait tout tenté mais en vain… Foutaise ! Quelques jours plus tard, il se répandait dans la presse, s’auto-congratulant de la fin de la grève, comme s’il y avait été pour quelque chose… Oui, je sais, j’avais dit que je ne parlerais pas de politique, mais là je ne peux pas me taire. Tant pis, j’assume. Et j’ai une nouvelle pour ce Ministre de mes deux : il va pouvoir se remettre à l’action très vite, car cette grève à peine terminée, une autre est en train de démarrer : celle du secteur des industries métalliques et mécaniques. Et cette fois, ce sont 200.000 ouvriers qui vont déposer l’outil. Quelle folie ! L’économie sud-africaine va payer le prix fort et, indirectement, toute la population va souffrir. Je leur attribue cinq “flops” à tous : syndicats, sociétés minières et gouvernement.
Gupta : Revenons à quelque chose de beaucoup plus comique. Si vous n’avez pas encore entendu parler du “Gupta Gate”, je suis sûr que cette petite histoire va vous mettre de bonne humeur pour le reste de la journée. Il y a quelque temps, je me suis réveillé en allumant la télé sur le bulletin de ma chaîne d’information préférée “eNCA” (publicité gratuite). On y voyait un avion indien de Jet Airways sur le tarmac. Ma première réaction avait été : « Tiens, Jet Airways vole en Afrique du Sud maintenant ?». Puis, en voyant s’afficher en bas de l’écran le nom de “Waterkloof Air Force Base”, l’aéroport militaire de Pretoria, ma deuxième réaction avait été que l’avion avait probablement dû atterrir en catastrophe ou être victime d’un détournement. Ma troisième réaction, la bonne, avait été d’écouter plutôt les commentaires de la journaliste. Elle expliquait qu’un Airbus de la compagnie Jet Airways, en provenance de Mumbai, avec à son bord 200 passagers, affrété par les frères Gupta pour le mariage de leur nièce Vega Gupta (résidente sud-africaine) et son mari Aakash Jahajgarhia (citoyen indien de Mumbai), avait atterri à la base militaire de Waterkloof, en violation flagrante du code de la défense sud-africain. Leur destination finale était le luxueux Palace de la Cité Perdue de Sun City, situé à cent vingt kilomètres là. Pour y arriver, les invités allaient en outre bénéficier des services de trois avions bimoteurs légers, 7 hélicoptères, 88 véhicules et 490 personnes, dont 194 policiers. Tout cela, aux frais de ces bons Gupta (et du gouvernement, et donc des contribuables sud-africains). L’affaire avait fait grand bruit comme on s’en doute. Parmi les invités d’honneur à la noce, figuraient plusieurs ministres et même le président sud-africain, en personne. Mais finalement, vu les remous de l’affaire, ils s’étaient tous fait excuser en dernière minute. La fête avait été un peu ratée, paraît-il, car il y avait eu en définitive beaucoup plus de journalistes et d’équipes de télévision à la noce que d’invités. Dans les jours qui avaient suivi, parmi les officiels, tout le monde s’était passé la patate chaude, on avait conclu à une “collusion d’officiels” et il n’y avait eu, au final, que deux “fusibles” qui avaient sauté : l’Ambassadeur indien à Pretoria et le chef du protocole du Ministère des affaires étrangères sud-africain. Tout était de leur faute, à ces canailles. C’était en tous cas les conclusions de l’enquête expresse et impartiale (ah ! ah !) qui avait été menée. C’était donc une collusion de … deux officiels, si je compte bien ! Par contre, le Président, l’état major de l’armée, et tous les autres les officiels sud-africains s’étaient tous offusqués que l’on ait pu ainsi ridiculiser et transgresser les règles de sécurité du pays. Et, bien entendu, ils n’étaient au courant de rien …

Mais vous vous demandez sans doute qui donc sont ces Gupta ? Ce sont des hommes d’affaires très bien introduits au sein de l’administration sud-africaine et même, dit-on, de très bons amis du président lui-même. Les trois frères Ajay, Atul and Rajesh Gupta sont arrivés en Afrique du Sud, il y a une bonne dizaine d’années, en provenance de Saharanpur, petite cité rurale de l’Uttar Pradesh, les poches pleines de sous-sous (et des valises, et des malles aussi) pour faire fructifier le courant d’affaires initié par leur père avec l’Afrique du Sud. Politique du BEE oblige, ils ont pris soin de s’associer en affaires avec Duduzane Zuma, l’un des fils du Président Zuma. Avec lui, ils ont fondé une holding (Sahrara holding) ou, peut-être, devrais-je dire un empire. Ils possèdent notamment une chaîne de télévision d’information (ANN7) ainsi qu’un organe de la presse écrite (The New Age). Les mauvaises langues (comme moi) disent que le New Age n’a pas encore beaucoup de lecteurs, mais ça ne fait rien, le journal s’en tire très bien car il reçoit beaucoup de publicités de la part des sociétés publiques et des agences gouvernementales sud-africaines. Et il paraît que la chanson favorite à Union Building (le siège du gouvernement à Pretoria) est devenu : « les Gupta sont nos amis, il faut les aimer aussi, comme nous ils ont une âme, tra-la-la-lère ». À chanter sur l’air de la chanson de Chantal Goya, mais en remplaçant “insectes” par “Gupta”. Si vous ne connaissez pas la chanson, voici un lien (NB : parodie cultissime des Inconnus, à voir et à revoir!) En tous cas, moi, chanson ou pas, je leur donne quatre “flops” aux Gupta.
Machisme : Pas toujours facile d’être une femme en Afrique du sud … Il suffit d’allumer la radio ou d’ouvrir le journal, le matin, pour s’en convaincre. La litanie des viols, des meurtres et autres violences commises sur les femmes est comme une rengaine qui semble ne jamais devoir finir. Cela me rappelle l’Inde, mais là-bas au moins les femmes réagissent, protestent dans les rues, font front contre la violence et l’impunité des hommes. Ici, on a parfois l’impression d’une fatalité, d’une résignation. La femme est un joujou que l’homme a le droit d’utiliser à sa guise. Égalité des sexes ? Tiens fume ! C’est du Belge, comme dirait le commissaire San Antonio ! Déjà, avec un chef d’état polygame, c’est mal barré, hein ? Mais là où j’ai trouvé que ce pays avait vraiment touché le fond, c’est en lisant un article paru récemment dans le Sowetan. On y apprenait que le patron de la chaîne de radiotélévision publique SABC, Hlaudi Motsoeneng, était allé faire un petit tour en pays Venda (Province du Limpopo, à l’extrême nord) et s’était fait offrir par les chefs traditionnels du coin une vache avec son veau et … une femme. Oui, oui, c’est vrai. Voici le lien vers l’article du Sowetan, si vous ne me croyez pas, et ici celui de la très sérieuse BBC. Raison invoquée : ce brave Motsoeneng fait super bien son travail et se devait donc d’être récompensé. Officieusement, et selon la BBC : c’était pour l’encourager à programmer un peu plus d’émissions en langue venda …
Bref ! Comme vous pouvez voir sur la photo, l’heureuse élue pose fièrement, les seins à l’air, à côté de la vache et de son nouveau maître et mari. Il a pu la choisir parmi une dizaine de jeunettes, qui auraient pu être sa fille. Comme dit l’article, il a choisi celle qui lui plaisait le plus. Il paraît que c’est une étudiante universitaire en gestion des ressources humaines. Mais, franchement dit, je ne pense pas que ce critère ait été déterminant pour M. Motsoeneng. À mon avis, il a dû baser son choix sur d’autres éléments du dossier (si je puis dire). Les plus beaux seins ? Les plus grosses fesses ? Ou les deux ? Ah oui, car ici une belle femme a forcément de grosses fesses. Il y a plein de petites annonces qui proposent des traitements ou des crèmes miracles de “bum enlargement” (accroissement des fesses). Enfin bref ! La commission pour l’égalité des sexes (Commission for Gender Equality) a réagi mollement quelques jours plus tard, après qu’elle ait reçu une plainte, en annonçant qu’une enquête allait être ouverte. Mais M. Motsoeneng n’a pas trop de soucis à se faire à propos de cette pseudo-enquête, car les jeunes filles venda étaient majeures et, en plus, elles étaient présentées par leurs parents. Donc la morale est sauve. Mais moi, je trouve que ça mérite bien cinq “flops” cette histoire!
Minibus taxis : Dans d’autres pays d’Afrique, on les appelle les taxis de la mort. Ici, on reste plus sobre car on préfère ne pas trop invoquer les morts. Mais pourtant ce terme ne serait pas usurpé. Ce sont des camionnettes Toyota dont l’intérieur est aménagé pour transporter jusqu’à 16 passagers en même temps, et qui prolifèrent comme des mauvaises herbes en raison de la carence en transport public et/ou de leurs prix prohibitifs. Ils se font la course pour embarquer les passagers qui les hèlent au bord de la route. Ces chauffeurs sont de véritables chauffards. Selon les estimations officielles, ils sont responsables de plus de 70.000 accidents par an en Afrique du Sud, bien qu’ils ne représentent que 2% du parc de véhicules roulants. Donc, la règle d’or quand vous conduisez à Jobourg est de ne jamais essayer de vous opposer à eux. Car, pour eux, il n’y a pas de règle du tout. Le code de la route ? Tiens fume, je te dis ! Il faut les voir dépasser à gauche, à droite, changer de bandes sans clignotants, bloquer sur place pour charger un client ou en larguer un autre, brûler les feux rouges, vous coller au c.. à 5 centimètres ou vous faire une queue de poisson parce qu’ils viennent de réaliser qu’un véhicule est arrêté plus loin sur leur bande … Mais que fait la police ? Je me le demande tous les jours. Entre temps, je leur donne quatre “flops” à ces maudits taxis, mais tout autant aux services de transport public (ou à l’absence d’icelui … oui, ça se dit, j’ai vérifié).

Paranoïa : Quel est le point commun entre “La Camargue”, “Lady Hamilton”, “Central Park”, “San Raphael” ou “La vie nouvelle” ? Réponse : ce sont des clusters de la banlieue nord de Johannesburg, près d’où nous habitons. Mais qu’est-ce qu’un cluster, me demanderez-vous? Vous prenez un petit lopin de terre, vous érigez des murs hauts comme ceux d’une prison tout autour, vous installez à l’entrée une double barrière, gardée comme un poste frontière de l’ex-union soviétique, vous placez trois rangées de câbles électriques haute tension au sommet des murs, construisez des maisons toutes semblables à l’intérieur du périmètre, bien collées les unes aux autres, avec une petite bande d’espace vert pour les séparer, vous installez une piscine juste un peu plus grande que la baignoire de votre salle de bain dans chaque jardinet ainsi que, selon les goûts, un rottweiler ou un pitbull, et vous avez un beau cluster. Une armée de Blancs complètement paranos, obsédés par l’insécurité qui règne à Johannesburg, viendront s’y installer aussi sûrement que des éléphants près d’un point d’eau dans la brousse. Heureux, ils seront les nouveaux propriétaires !
En fait, pour ce qui est du concept, cela rappelle étrangement les “laagers”, ces bivouacs que les boers afrikaners établissaient toutes les nuits lors de leur grand trek vers le nord à travers le Transvaal, en disposant leurs carrioles en cercle pour se protéger des dangers de la nuit noire (et des noirs aussi …). Ah ! L’insécurité de Jobourg ! Vaste sujet. Faudra que j’en reparle. En tous cas, nous ça va de ce côté-là. On se sent bien ici. En deux ans, pas de cambriolage, ni de carjacking, de menace armée ou de menace tout court à signaler. Et trois “flops” pour la paranoïa, trois !
Peri-peri : Après les biltongs, voici une autre des grandes icônes de la tradition culinaire sud-africaine que je m’en vais pourfendre. S’il me reste encore l’un ou l’autre lecteur sudaf, après tout ce que j’ai déjà écrit, je vais sans doute le perdre ici. Mais tant pis. J’irai au bout de ma peine. Le peri-peri, c’est une arme de destruction massive pour nos papilles gustatives. J’aime assez la nourriture relevée, voire épicée, je ne déteste pas un bon curry thaï aux piments verts, des écrevisses cajuns bien piquantes, du chicken tikka massala ou des tacos aux jalapeno. Mais la sauce peri-peri, popularisée par la chaîne de fast food Nando’s, ça n’a rien à voir. D’ailleurs, moi je trouve que ce n’est plus manger, c’est s’immoler par le feu. Allez hop ! Un petit “flop” pour le peri-peri. Et c’est bien payé… (En fait, j’essaie de garder mon lecteur sudaf jusqu’au bout 🙂 )
Poachers : voilà bien un sujet avec lequel il me sera difficile de vous faire sourire. D’ailleurs, je ne vais même pas essayer. Les poachers (contrebandiers) n’ont jamais été aussi nombreux en Afrique du sud. L’année dernière, plus de 1.000 rhinocéros ont été exterminés pour leur corne dont on extrait la poudre si prisée dans les médecines traditionnelles asiatiques. On leur attribue beaucoup de vertus dont celle de guérir de l’impotence chez les hommes. Ou du cancer. C’est du pipeau évidemment. La corne de rhino est faite de la même matière que les ongles de vos doigts de pied. Rien de magique dans tout cela. En attendant, le kilo de poudre de corne se vend à 65.000 dollars sur les marchés orientaux. A ce rythme, on estime qu’il n’y aura plus un seul rhino en Afrique du sud dans 20 ans. Et franchement dit, je ne vois pas trop comment arrêter le fléau. Avec la valeur de la corne qui ne cesse de grimper, ce n’est pas demain la veille que les contrebandiers vont arrêter leur odieux trafic, peu importe le risque et les sentences. C’est l’horreur totale, car les cornes sont généralement extraites de leur base alors que l’animal est encore vivant. L’opération terminée, les rhinos sont souvent abandonnés à l’agonie; et même soignés, la plupart meurent peu après. S’ils guérissent, on dit qu’ils sont frappés par la suite d’une longue mélancolie consécutive à l’expérience violente et traumatisante qu’ils ont subie. C’est cruel, sordide, abject, ignominieux, honteux, horrible, crapuleux, indigne. Sans hésiter, je donne cinq “flops” à ces contrebandiers de malheur, mais aussi, et surtout, à toute la mafia qui est derrière eux. Shame !
Robots : Les robots d’ici n’ont rien à voir avec R2D2 et les autres petits farceurs de star wars. C’est ainsi que les Sudafs appellent les feux rouges. Mais le problème des feux rouges ici, enfin des robots, c’est qu’ils sont souvent noirs. Ceci n’est pas un mauvais jeu de mot, je veux simplement dire par là qu’ils sont en panne. Je n’ai jamais vu une ville ou tellement de feux étaient si souvent en panne. Il paraît que c’est à cause des vols de câbles de cuivre. À mon avis, le record du genre est certainement détenu par la William Nicol Avenue, qui est, vous vous en doutez, celle que je suis supposé prendre quotidiennement pour me rendre à mon travail et en revenir. Comme je l’expliquais dans ma précédente chronique, les Sud-africains sont très disciplinés question trafic (sauf les taxis bien sûr), donc lorsqu’un robot est en panne, toute le monde doit s’arrêter et laisser passer à tour de rôle, et dans le sens des aiguilles d’une montre, les usagers venant des autres embranchements du carrefour. Cela fonctionne généralement assez bien; à part les taxis, tout le monde respecte la règle, mais ça prend un temps fou. Je passe, tu passes, il passe, nous passons … En plus, il y en a qui ratent leur tour ou se font des politesses. Vous pouvez perdre facilement une heure comme ça sur une distance de quelques kilomètres, pour peu que deux ou trois robots soient en panne. Heureusement, il y a “Tom-Tom live traffic” et, avant de me mettre en route, je ne manque jamais de me connecter sur leur site internet pour vérifier en temps réel la liste des robots en panne sur mon itinéraire présumé. Cela me fait parfois de longs détours pour rentrer, mais je préfère cela. Et un “flop” pour ces robots de malheur. Et j’ajoute deux “flops” pour la William Nicol, tiens ! En plus, ça fait un an qu’elle est en chantier et ça n’en finit pas …
Soen op lippe : Dans ma vie de grand voyageur, j’ai toujours beaucoup apprécié l’ambiance des aéroports. Surtout les halls d’arrivée, car ce sont des lieux chargés d’émotions. Les retrouvailles des amoureux et des familles séparées est un spectacle dont je ne lasserai jamais. En deux ans d’Afrique du sud, je peux dire que j’en ai passé des heures à attendre des visiteurs à l’aéroport O.R. Tambo International, que ce soit des amis, de la famille, ou des contacts professionnels. Donc, j’ai eu le temps d’observer les coutumes locales. Ce qui m’a le plus frappé, ce sont ces gros “soen op lippe” (baisers sur la bouche, en afrikaans) que s’échangent fréquemment les Sud-africains. Je ne parle pas uniquement des couples d’amoureux, ça c’est un peu normal, mais bien des bisous sur la bouche entre parents et enfants, frères et sœurs, oncles et nièces, tantes et neveux, entre copines, etc. Je ne voudrais pas paraître vieux jeux, mais ces gros bécots tous azimuts, je trouve que c’est quand même un peu bizarre. Je me suis donc enquis de cette coutume, et j’ai découvert que cela se pratiquait essentiellement dans les familles d’origine afrikaners ou mixtes. C’est la tradition… On s’embrasse sur la bouche, parfois même entre hommes (frères, cousins, etc…). Vous me direz : tant que ça reste dans la famille, ça ne nous regarde pas, hein ! C’est vrai…
Mais, j’ai quand même remarqué que cette coutume avait tendance à déborder du cercle familial. Notamment dans les milieux politiques. Comme vous voyez sur les photos du haut, prises pendant la campagne électorale du mois de mai dernier, on a notamment vu Helen Zille, leader de l’Alliance Démocratique (DA) et cheffe de file de l’opposition sud-africaine, qui embrassait avec beaucoup d’application Mamphela Ramphele, éphémère leader du parti Agang (tout aussi éphémère, car ils ont pris une grosse claque aux élections) afin de sceller leur alliance. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas le bisou d’Helen qui les a mis dedans chez Agang. En tous cas, avouez que c’est quand même limite, entre leaders politiques, de s’embrasser comme ça. Vous imaginez, chez nous, Laurette Onkelinx qui embrasserait Joëlle Milquet en peine bouche. Kak ! Et pour ce qui est de Madame Zille, elle n’en est pas restée là. Comme vous voyez sur la photo du bas, prise lors d’une visite du township de Khayelitsha (banlieue de Cape Town), elle a roulé une grosse galoche à l’un de ses supporters. Il était temps que les élections arrivent en ce qui la concerne. On raconte qu’elle ne pouvait plus croiser un noir sympathisant sans lui rouler une pelle !
Oui, je sais, j’avais dit que je ne ferais pas de commentaires sur les politiciens, mais elle, c’est différent, je l’aime bien, alors je peux. En tous cas, je trouve que ce n’est quand même pas très hygiénique tous ces “soen op lippe”. Ça mérite bien un petit “flop”, non ?!
Voilà ! C’est sur ce bisou d’Helen Zille que je termine ma petite liste. S’il me reste un lecteur sudaf après tout ça, je le rassure : j’aime quand même beaucoup son pays… Parce que c’est vrai, après tout : qui n’a pas ses petits défauts ?! 🙂
Je vous laisse sur cette petite chute positive et vous donne rendez-vous, très bientôt, pour ma prochaine chronique. On parlera un peu d’Oscar Pistorius. Le verdict du procès est attendu bientôt. Il était temps, déjà quatre mois que çà dure ! Stay tuned …





Laisser un commentaire