Nous avons quitté l’Afrique du Sud en juillet 2022. Nous y avons passé dix années inoubliables. Elles ont filé comme le vent, mais j’ai quand même eu tout le temps d’observer ce pays et sa population à la loupe. Dans cette ultime chronique sud-africaine, loin des clichés habituels sur le pays, je me suis attaché,…
Nous avons quitté l’Afrique du Sud en juillet 2022. Nous y avons passé dix années inoubliables. Elles ont filé comme le vent, mais j’ai quand même eu tout le temps d’observer ce pays et sa population à la loupe. Dans cette ultime chronique sud-africaine, loin des clichés habituels sur le pays, je me suis attaché, avec mon humour caustique et sarcastique habituel, à épingler les petites choses rigolotes, les petits travers des gens, leurs habitudes comiques, bref les choses qui les rendent si uniques à mes yeux. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à la lire que j’ai eu à l’écrire.
Bye bye South Africa! I will miss you. Love you!
Covid-19 : on a la solution !
En Afrique du Sud, on a trouvé un moyen tout à fait unique d’enrayer la pandémie. Lockdown ? Gestes barrières ? Vaccination ? Oui, bien sûr, on a essayé tout ça. Un petit peu. Pas trop, en fait ! Car on a trouvé un autre remède, bien plus efficace : l’interdiction de la vente d’alcool !
Et l’histoire commençait toujours ainsi : Dans la journée, généralement le dimanche, on apprenait que Cyril Ramaphosa, le Président, allait prendre la parole à la télévision. C’est ce qu’il appelait ses « family meetings ». Alors là, on commençait à stresser. Parce qu’on se doutait bien de ce qu’il allait annoncer. Et ses discours, très solennels, commençaient toujours comme ceci : “My fellow South Africans” (= « mes chers compatriotes sud-africains ») .
Alors, on récitait une petite prière en son for intérieur : « Oh, s’il te plait, Cyril, ne le dis pas ! Please, please, please !». Mais la plupart du temps, c’était peine perdue, car la sentence tombait, inéluctable : « alcohol sales will be prohibited » (La vente d’alcool sera interdite) ». Et alors, vous criiez de toutes vos forces à votre douce moitié : « Chérie, file vite au magasin racheter des bières ! ».Mais, hélas, c’était déjà trop tard car Cyril, inflexible, s’empressait d’ajouter : « with immediate effect ! » (« avec effet immédiat !).
La toute première fois, il avait annoncé que l’interdiction n’allait prendre cours que 48 heures plus tard. On avait donc eu droit à deux jours pour faire des stocks. Ça avait été la ruée sur les rayons alcool de tous les magasins. Il y avait même eu des émeutes, des magasins pillés. Et Cyril avait retenu sa leçon. Par la suite, quand il annonçait de nouvelles périodes d’interdiction de vente d’alcool lors de ses « family meetings », c’était d’application immédiate ! Et des « alcohol bans », on en a eu 4 ou 5 en un an. Dès que le nombre de contaminations remontait, paf ! On était bon pour une petite cure d’eau minérale. La plus longue, ce fut la première : deux longs mois ! Celles qui ont suivi, seulement quelques semaines, un mois au maximum. Je parle à l’imparfait, car tout ça c’est fini maintenant, la situation est sous contrôle. Espérons pour toujours ! Et il faut bien reconnaitre que la méthode « Cyril » s’est avérée au final très efficace. En empêchant l’alcool de circuler, et les gens d’en consommer, la criminalité (notamment domestique) et les accidents de la route étaient tombés au plus bas. Et du coup, les services d’urgence des hôpitaux avaient été désengorgés. Ça a sans doute permis de sauver bien des vies ! Après coup, on peut dire : « Merci Cyril » ! Mais qu’est-ce qu’on a pesté contre lui !
Zol ? Vous avez dit « Zol » ?
Connaissez-vous ce mot, « zol » ? En Afrique du sud, c’est un mot d’argot urbain pour désigner les joints de marihuana. Et par extension les cigarettes roulées. La première fois que je l’ai entendu, c’était le 1er mai 2020, le jour de la conférence de presse de la Ministre Nkosazana Dlamini-Zuma lorsqu’elle avait annoncé l’interdiction du tabac et des cigarettes pour endiguer la pandémie de covid. Elle était clairement jalouse du président Ramaphosa, qui venait juste d’annoncer la première interdiction d’alcool, et voulait faire son intéressante. Mais personne n’a vraiment compris en quoi l’interdiction de tabac allait contribuer à désengorger les salles d’urgences des hôpitaux ! D’autant plus qu’elle s’est emberlificotée dans ses explications. Les journalistes présents ne savaient pas s’il fallait rire ou bien pleurer. Les internautes eux, se sont pliés en quatre. Il y en a eu beaucoup qui ont « samplé » l’interview pour faire le buzz sur les réseaux sociaux. Le plus célèbre est Max Hurrell. Il en a fait un véritable tube qui a été monumental dans les discos sud-africaines ! Presqu’autant que « Jerusalema », c’est peu dire !
Et je vous livre ici les paroles, qui illustrent parfaitement l’éloquence de Madame Dlamini-Zuma :
When people zol
And then they share that zol
When it comes to cigarettes tobacco products and related
That we should not open up the sale of products
And the reason are health related eh but also
When people zol
They put saliva on the paper eh and then they share that zol
But also they are moving saliva from one to the other
Eh and then they share that zol.
Il y a eu de nombreux remix du chef d’œuvre de Max Hurrell, dont voici le plus drôle selon moi :
Cette histoire m’a rappelé le sampling de l’interview de notre ancien Premier Ministre Paul Vanden Boeynants (alias VDB) après son kidnapping rocambolesque à Bruxelles en 1989. Voyez plutôt : https://youtu.be/qDYslg0guBQ Mais qui s’en souvient encore ???
En tous cas, pour en revenir à nos moutons sud-africains, ceux qui ont le plus rigolé, ce sont les contrebandiers dont le commerce illicite de cigarettes a fleuri pendant les presque six mois que les tabac et les cigarettes sont restés interdits en 2020. Mais les fumeurs sud-africains, eux ils n’ont pas rigolé du tout, croyez-moi. Et aujourd’hui, une procédure judiciaire a été entamée à l’encontre de Madame Dlamini Zuma, soupçonnée de collusion avec les trafiquants de cigarettes. Only in South Africa, je vous le disais …
Le jour du seigneur
Pour en revenir aux boissons alcoolisées, tout le monde sait que le dimanche est le jour du Seigneur, n’est-ce pas ? Il y a des pays où l’alcool est interdit le dimanche afin d’encourager les gens à rester sobres pour aller à l’église le dimanche matin. C’est le cas, par exemple, dans certains états des Etats-Unis, comme au Texas. Je sais de quoi je parle ! Mais ici, en Afrique du Sud, vous pouvez boire autant que vous voulez, tous les jours de la semaine, y compris le dimanche matin et aller à l’église beurré comme toute la Pologne. Mais, par contre, à partir de 15hrs, n’espérez plus acheter une seule goute d’alcool. C’est strictement interdit. Pourquoi ? Euh… Ben je ne sais pas, je n’ai jamais compris ! En tous cas, pour éviter toute discussion, les rayons vins et boissons alcoolisées des magasins sont barricadés derrière des banderoles autocollantes colorées, genre « crime scene – do not cross ». Et si vous êtes distrait, comme moi souvent, quand vous faites vos courses et que vous voulez vous acheter une bonne bouteille de Pinotage pour siroter le soir, sachez qu’il n’y a pas d’exception. Il faudra revenir lundi !
Des friandises avec l’addition dans les restaurants
L’Afrique du Sud est probablement le seul pays au monde où l’on reçoit des bonbons avec son addition dans les restaurants. Je me suis toujours demandé si c’était une façon pour les restaurateurs de remercier leurs clients de leur patronage ou une façon de les supplier de bien vouloir régler l’addition ? Et dans les restaurants chinois, ce sont les fameux bonbons shanghaiens « white rabbit » que vous recevez. Du coip, nous, on y allait autant pour les bonbons que pour la nourriture !!! Le meilleur, c’est l’emballage intérieur fait d’une feuille de papier de riz très fine et comestible ! Miam miam !!!
Les femmes s’embrassent sur la bouche
Et oui ! C’est bizarre non ? Je sais bien que c’est un de nos fantasmes, à nous les hommes, d’avoir deux superbes nanas dans notre lit qui s’embrassent en pleine bouche et se font des polissonneries. Mais ça, c’est un fantasme. La réalité, c’est différent. Et puis il faut dire que ce ne sont pas toujours des supers nanas qui s’embrassent. Ça se passe surtout dans les familles afrikaners, entre mère et fille, entre cousines, grands-mères et leurs filles ou petites-filles. Ou entre copines. Paf ! Un bécot sur la bouche. Ça porte un nom : “soen op lippe” (baisers sur la bouche, en afrikaans). On voit ça beaucoup dans les halls d’arrivée des aéroports, quand les gens se retrouvent après une séparation. C’est quand même un peu yak, non ? Mais soit ! Je ne vais pas m’étendre sur le sujet. D’autant que j’en avais déjà parlé dans une de mes précédentes chroniques. Voici le lien pour vous rafraichir la mémoire : https://houstonbayous.wordpress.com/2014/06/29/et-si-on-disait-du-mal-de-lafrique-du-sud/
Les shorts les plus sexy du monde !!
Ici quand je parle de shorts, je parle vraiment de mini-shorts, très serrés. Et fripons comme je vous connais, vous imaginez déjà de jolies filles sexy avec des jambes interminables et des talons haut, n’est-ce pas ? Et bien non, pas du tout ! Je parle des « mini-broek » portés par les fermiers et les rangers afrikaners qui vous emmènent en safaris. Ça se porte très près du corps ! Ils me rappellent immanquablement les petits shorts que ma maman m’obligeait à porter quand j’allais à l’école primaire. Mais ces gars-là, ils ont beaucoup plus de choses à fourrer dedans que moi à l’époque, et je me suis toujours demandé comment ils y arrivaient et si ce n’était pas un petit peu inconfortable. Mais, par pudeur, je n’ai jamais osé leur poser directement la question.
Mais si le sujet vous intéresse, ne manquez pas ce clip vidéo de la chanson « Wys jou vleis » (littéralement « Montre ta viande ») du groupe « Jan Jan Jan ». Je vous mets la photo de couverture ci-dessous et le lien pour voir le clip. Vous verrez, c’est très entraînant, ça se danse un peu comme le « Texas two step » dans « Cotton Eye Joe » pour ceux qui connaissent.
Des chaussures ? Mais pourquoi faire ?
Restons dans le domaine vestimentaire, si vous le voulez bien. Et parlons cette fois des chaussures…. Ou plutôt de l’absence de chaussures, devrais-je dire. Car ici, en Afrique du Sud, les chaussures sont facultatives. Surtout pour les enfants blancs ! Eux, et leurs parents, ont décidé une fois pour toute que les chaussures ne sont pas nécessaires. Au bord de la piscine, au jardin, ou à la maison, je veux bien. Mais dans les magasins, au restaurant ou même dans la rue, là ça devient franchement bizarre.
Et pour les petites ados branchées sud-africaines (blanches aussi), c’est la même chose ! Se promener pieds-nus dans les malls ou danser pied-nus en boîtes, c’est tellement fun ! Elles adooooorent ! C’est ce qu’on appelle ici le look “homeless chic” ! C’est très tendance !!
Mais, à ce sujet, mon observation la plus extraordinaire en Afrique du Sud aura été de voir un passager mâle (et blanc, toujours), essayer de monter pieds-nus dans un avion reliant Jobourg à Cape Town. Et bien vous savez quoi ? On l’y a autorisé !!
Les hommes préfèrent les rondes
Toujours coté vestimentaire et tendances, la mode est clairement aux fesses bien rebondies en Afrique du sud. Cette fois, ce serait plutôt pour les Blacks. Pour être belle, il vaut mieux avoir des formes ici. La taille mannequin a une tout autre signification que chez nous en Europe. Et après tout pourquoi pas ?!
Et si vous êtes curieux, ou un petit peu voyeur, voici le lien vers la boutique de lingerie fine de notre quartier à Dainfern Valley https://thabootys.com/. Vous verrez qu’il y en a pour tous les gouts, de la plus sage à la plus coquine. Mais attention : les maigrichonnes, circulez ! il n’y a rien à voir !! Et, bonne nouvelle : Ils livrent !
Après vous, s’il vous plait !
Courtoisie est le mot qui me vient immédiatement à l’esprit pour décrire la circulation en Afrique du Sud. Ainsi, il est très fréquent que les conducteurs d’une rue principale s’arrêtent complètement pour inviter les conducteurs venant d’une rue latérale secondaire à passer en premier. Une telle courtoise au volant est extrêmement rare en dehors de l’Afrique du Sud, elle mérite donc vraiment d’être relevée. Malheureusement, ces formes de politesse du genre « Après vous, s’il nous plait ! Mais non, après vous, je vous en prie ! Non, non, je n’en ferai rien, vous d’abord ! » etc. etc. sont aussi à l’origine d’énormes embouteillages aux heures de pointe. C’est le revers de la médaille : le mieux est l’ennemi du bien, c’est bien connu ! Et l’autre raison des embouteillages à Jobourg, ce sont les minibus-taxis qui, eux ,sont à l’exact opposé de la courtoisie. Mais ça, c’est une autre histoire…
Une voiture blanche, sinon rien !
Le parc automobile sud-africain a une particularité assez unique : vous avez le choix entre la plupart des marques européennes, japonaises, coréennes, américaines et même chinoises. Mais pour la couleur, c’est plus limité. C’est blanc … ou blanc ! Franchement, j’exagère à peine : plus de 75% des voitures immatriculées en Afrique du Sud sont blanches. Et quand je dis blanc, c’est vraiment blanc : pas crème, beige, gris ou bleu ciel. Non, c’est blanc-blanc ! Immaculé ! Sauf Catherine et moi, qui avions opté pour deux voitures rouge pétant ! L’avantage, c’est que c’était facile de les retrouver sur le parking. Mais, ça faisait un peu tâche dans l’ensemble. Et quand on les garait toutes les deux, côte à côte, devant la maison comme sur la photo, on se faisait un peu remarquer. Nos voisins l’avaient surnommée la station de pompiers de Dainfern. Lol !
Les (anges-)gardiens des parkings
Toujours dans le chapitre automobile, la voiture est reine à Jobourg. C’est un point commun avec Houston : sans bagnole, vous êtes un homme fini ! Et ceci est vrai pour les femmes aussi ! Mais pas de stress. Ça roule bien, les gens sont courtois comme je l’ai expliqué précédemment. Et il y a toujours du parking disponible partout où vous allez. Et c’est gratuit, en plus ! Enfin presque ! Car il faut toujours avoir un peu de monnaie sur soi pour les gardiens. La plupart du temps, ce sont des Congolais. Et en voyant mon autocollant belge sur la voiture, ça ne rate jamais. Dès que je pose un pied par terre, c’est : « Bonjour Papa ! Et comment va Mama ? » Et patati et patata !
Mais à quoi ils servent au juste, ces gardiens ? Je ne sais pas trop. Ils aident un peu pour les manœuvres, mais ils ont quand même une fâcheuse tendance à se poster systématiquement dans votre angle mort. Et question vigilance, n’y comptez pas trop. Mais ce n’est pas grave, quand vous leur glissez la pièce, ils vous font toujours un grand sourire jusqu’aux oreilles, et cela, ça vaut de l’or !
Mais que fait la police ?
Tout le monde sait qu’à Jobourg, lorsqu’il pleut beaucoup, ce qui arrive fréquemment, les feux de signalisation (les « robots » comme on les appelle ici), se mettent au noir ! Entendez par là qu’ils s’arrêtent de fonctionner. Pour quelle raison ? Mystère ! Quelqu’un m’a expliqué un jour que c’est à cause des hamsters qui sont à l’intérieur. Ils pédalent, pédalent, pour actionner les feux, mais quand le niveau d’eau monte, les petites bêtes se noient, et il faut donc attendre qu’on vienne les remplacer. Je sais bien que ce n’est pas vrai, mais j’aime bien cette histoire !
Et quand ce n’est pas la pluie, ce sont les coupures de courant intempestives, désormais quotidiennes à Jobourg, qui font que les feux tombent en panne. Mais ne vous inquiétez pas, on a la solution : les mendiants qui font manche à tous les carrefours enfilent alors leurs gilets jaunes et se muent en agents de circulation pour règler le trafic. Ça arrondit leurs fins de mois et ça évite des embouteillages monstres.
Mais pendant ce temps-là, que fait la police ? Je pose la question ! Une chose est sure, en tous cas, c’est qu’en Afrique du sud, la police ne fait pas la circulation. Ils sont trop occupés ailleurs. A quoi ? Je ne sais pas au juste. Certainement pas à arrêter les voleurs de câbles, autre raison des pannes de feux de circulation à répétitions. Il semble que ces vols de câbles soient désormais un phénomène répandu dans le monde entier, en raison du commerce lucratif des métaux recyclés. Mais à Jobourg, les voleurs sont passé à la vitesse supérieure. Ils volent carrément les feux rouges maintenant. Et si vous ne me croyez pas regardez cette vidéo virale du type qui traîne derrière lui un feu de signalisation complet en pleine journée ?
Quoi qu’il en soit, si vous retrouvez coincés à un feu rouge en panne, avec un peu de chance vous aurez la chance d’assister à un petit spectacle de danses « gumboots » ou « Pantsula » au carrefour.
Alors, « Stay calm and keep smiling! ». You are in Joburg !!! 🙂 🙂
Ça aussi c’est l’Afrique du sud et cette expérience là, on ne la trouve ni dans le lonely planet ni aucun bouquin de tourisme. Tout simplement parce qu’il faut la vivre et prendre le temps d’observer et d’aimer ce qui nous entoure. Bravo ! Bon maintenant va falloir trouver un nouveau titre pour notre expérience au Vietnam. Je te fais confiance, tu m’épates toujours.
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