20231020_104018Tous les vendredis en fin de journée, ma douce et tendre vient me retrouver au bureau et nous allons dîner dans un restaurant tout proche. Cela nous fait passer un bon moment ensemble et ça me permet aussi de tester de nouveaux restaurants, près de mon bureau, où je pourrai par la suite inviter mes relations d’affaires.

Ce jour-là, nous nous apprêtions à sortir, direction un petit restaurant de dimsums hongkongais de derrière les fagots, quand elle avait subitement ressenti un besoin urgent d’aller au petit coin parce que, disait-elle : « Je n’aime pas aller dans les toilettes des restaurants ». Elle allait amèrement regretter cette décision par la suite…

En effet, cinq minutes plus tard, elle était revenue trempée comme une soupe, ses cheveux dégoulinants, son joli chemisier rose avait tourné couleur fuchsia, même son short était trempé et ses sandales faisaient « flic-floc » à chaque pas. Je m’étais retenu de justesse d’éclater de rire, en la voyant débarquer dans cet état dans mon bureau. Ma première pensée avait été que le système d’arrosage incendie des toilettes s’était déclenché par inadvertance. Mais au moment même où cette pensée me traversait l’esprit, je réalisais que c’était impossible car l’alarme incendie se serait alors aussi mise en route.

Bref ! Je la regardais sans comprendre, la bouche grande ouverte comme un poisson au bout d’une canne à pêche, et avec des points d’interrogation dans les yeux, incapable de prononcer le moindre mot. Elle, par contre, avait vite recouvré le sens de la parole : « Mais qu’est-ce que c’est que ces toilettes ici, je suis trempée comme un canard ! Et il y a une inondation dans les cabinets maintenant ! », qu’elle avait dit, tout d’une traite ! Allons bon ! Renseignements pris, elle avait aperçu un petit bouton à molette situé à  droite de la cuvette du WC et, piquée par la curiosité, s’était dit : « Tiens ! Qu’est-ce que c’est que machin ? C’est peut-être pour nettoyer la planche ? », l’avait tourné hardiment de la main gauche en s’efforçant, en même temps, d’abaisser son short et sa culotte de la main droite car elle était très pressée. En retour, elle avait reçu un jet puissant d’eau en pleine figure. Et c’était en se penchant en avant pour tenter désespérément de tourner le bouton dans l’autre sens, afin de stopper le jet d’eau, qu’elle s’en était mis partout sur ses vêtements, ainsi que sur les cloisons du cabinet, et même jusqu’au plafond, parait-il. Voilà : En un mot, Catherine venait de faire connaissance, de manière brutale et pour le moins originale, avec les WC à bidet asiatiques, que je préfère personnellement appeler les « WC à trou de balle ».

20231016_113630 bisEn ce qui me concerne, ma première expérience remontait à 2007 alors que j’effectuais un voyage de service à Osaka au Japon. La toilette de ma chambre d’hôtel était équipée d’un de ces fameux WC. Ils sont normalement dotés de deux boutons actionnant une douchette destinée à se laver les parties intimes à l’eau tiède. Le premier bouton est destiné aux ablutions anales, le second plus particulièrement aux dames pour arranger leur petit business. Soyons honnêtes, cette petite douche intime est non seulement extrêmement hygiénique, mais elle est aussi, je trouve, fort agréable à condition de bien viser, et de bien doser le jet. Sinon ça peut faire mal….

Depuis 2007, nos amis japonais, en particulier la société Toto, leader du marché, a bien perfectionné ses toilettes à bidet avec des tas de nouvelles fonctionnalités, telles que le chauffage de l’abattant (oui, c’est le mot correct !), le réglage de la température et de la pression d’eau, les fonctions « séchage des fesses par air pulsé » et « désodorisation rapide à ozone ». Les modèles les plus avancés fonctionnent désormais par télécommande ou via application sur smartphone. Les toilettes sont aussi devenues « smart » : elles sont dotées de senseurs qui abaissent automatiquement l’abattant à l’approche d’un visiteur et le relèvent lors de son éloignement. Elles disposent aussi d’une fonction préchauffage automatique, basée sur une analyse des horaires de fréquentation habituelle de la toilette par les occupants de l’habitation.  Enfin, autre amélioration notoire : la fonction « massage anal » ! Grace à un ingénieux système de vibration et de propulsion d’eau à différentes pressions sur la zone anale, elle provoque, parait-il, chez l’utilisateur un sentiment de bien-être et de détente indescriptible. NB : Je dis « paraît-il », car c’est ce qu’indique le site de la société japonaise que j’ai parcouru en long et en large pour bien me documenter. Mais je n’ai pas encore testé la chose…

Mais peu importe que vous soyez, ou pas, fan de gadgets électroniques et que votre WC à trou de balle soit smart ou pas smart, le principe même de la douchette me parait vraiment ingénieux  et certainement beaucoup plus hygiénique que d’étaler son caca entre ses fesses avec du PQ  (surtout si vous avez beaucoup de poils à cet endroit-là, ce qui est un peu mon cas).

Oh ! Je sais ce que vous allez me dire. Chaque pays a ses traditions pour l’hygiène à la toilette, comme pour le reste, et il faut respecter cela ! En Inde par exemple (comme au Pakistan et dans de nombreux pays musulmans), il y a toujours une bouteille d’eau ou une cruche en plastique situées à côté de chaque cuvette, qu’ils utilisent pour se frotter les fesses et l’anus à la main. C’est efficace, paraît-il, mais quand même pas super-super hygiénique, hein ? Surtout s’il n’y a pas d’évier pour se laver les mains par après, ou si, par manque de bol, il y a justement une coupure d’eau malencontreuse, ce qui est quand même assez fréquent en Inde ou au Pakistan. (Oui, oui, je sais : je suis mauvaise langue).

Et chez nous ? Pourquoi diable avons-nous abandonné les bons vieux bidets à la française ? Vous savez, ces trucs qui équipaient nos salles de bain d’antan, et dont votre maman vous avait expliqué que ça servait à se laver les pieds ? Au lieu de cela, on est passé au PQ généralisé, ou dans le meilleur des cas, à la lingette humide.

Mais ici, au Vietnam, je dois vous prévenir tout de suite que les lingettes humides dans les cuvettes des toilettes sont strictement interdites !! C’est la raison pour laquelle il y a toujours une petite poubelle en plastique à côté de chaque WC, dans laquelle on est supposé déposer son papier hygiénique ou sa lingette usagée. C’est une bonne idée, je trouve, ça permet d’éviter d’appeler les plombiers pour déboucher les tuyauteries tous les quatre matins.

Contrairement au Japon où ils sont quasiment généralisés, les WC à trou de balle ne sont pas encore si fréquents au Vietnam. Mais on en trouve quand même de plus en plus, surtout dans les nouvelles habitations, les beaux hôtels et dans les immeubles de bureaux de standing. Pas encore d’option « smart » ici, ni de la fonction « massage anal » de Monsieur Toto, hélas !  En tous cas, je n’ai pas encore eu la chance de poser mon auguste postérieur sur l’un d’eux.  Si cela devait arriver, je ne manquerais pas d’ajouter un petit paragraphe à la présente chronique afin de vous faire part de cette expérience, qui sera certainement du plus haut intérêt !

Pour en revenir aux toilettes de mon bureau, ce qui m’embête un peu c’est qu’il y a des gens qui ne20231016_113638 maîtrisent visiblement pas bien la technique car, régulièrement, la planche du WC est trempée et, du coup, avant de s’asseoir dessus, il faut commencer par l’essuyer avec du papier, ce qui n’est pas super hygiénique. Je me demande bien comment ils s’y prennent pour arriver à mettre de l’eau partout sur la planche comme ça. À mon avis, ils doivent s’asseoir à califourchon, ou alors accroupi dessus. Comme vous voyez sur la photo ci-contre, il y a d’ailleurs un écriteau dans chaque toilette qui interdit expressément ce genre de positions. Mais, vous savez, il y a des gens un peu tordus : si vous leur dites de ne pas faire ceci ou cela, ils vont le faire uniquement par curiosité ou, exprès, juste pour emmerder le monde. (C’est le cas de le dire, non ?)

Mais, bref ! Pour en revenir à ma petite Catherine, le dîner à deux au restaurant hongkongais avait donc été annulé, et on était rentrés direct à la maison. Elle avait pris une douche (une vraie !), s’était mise en pyjama et directement au lit sans manger. Et moi, j’avais regardé un DVD de l’inspecteur Colombo à la télé. C’est généralement ce que je fais quand je suis contrarié ou tristounet. Ça me détend, car je ne dois pas me creuser la cervelle pour savoir qui est l’assassin.

Mais les jours qui avaient suivi, quand on avait évoqué l’incident, je m’étais quand même bien foutu d’elle. J’en riais encore, jusqu’au jour où je n’avais plus rigolé du tout : mon smartphone que j’avais placé dans la poche arrière de mon jean avait malencontreusement glissé dans la cuvette des WC de mon bureau, à l’endroit même où Catherine s’était fait doucher quelques semaines plus tôt ! Mais chez les hommes, bien sûr !

Si ma pauvre maman pouvait lire cette histoire, je sais bien ce qu’elle me dirait. Elle me dirait : « C’est bien fait pour toi ! C’est le bon Dieu qui t’a puni. T’avais pas besoin de te moquer de Catherine ! Pauvre Catherine ! »

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