Jusqu’il y a peu, « baraki » était une expression encore peu connue en dehors de notre bonne vieille Wallonie. Mais ça, c’est du passé ! Grâce au succès planétaire de Baraki, la série culte de la RTBF (Merci Netflix !), le terme baraki est désormais connu mondialement. Quoi ? Vous ne l’avez pas vue ? Et vous ne savez pas ce que veut dire baraki ?

Bon, alors je vous explique : un baraki, c’est un gars qui s’habille comme l’as de pique, par exemple une blouse de training défraîchie avec un sweat pants non assorti. On le reconnaît aussi à la casquette de base ball portée à l’envers. Mais l’attribut le plus important du baraki, ce sont les claquettes (que l’on appelle des « clapettes » en Wallonie et des « slashes » à Bruxelles), assorties de chaussettes de tennis blanches, portées au-dessus du pantalon (ou des socquettes en été). Le baraki boit beaucoup de bière bon marché et donne des prénoms de séries américaines à ses enfants (par exemple Kevin, Logan ou Johnny, pour les garçons, et Alison, Britney ou Daisy pour les filles). Par extension, baraki est devenu un terme moqueur, et même injurieux, voire carrément insultant. Ainsi, si vous dites à quelqu’un : « Espèce de baraki ! », c’est déjà très injurieux. Mais si vous lui dites : « Espèce de baraki de Charleroi ! », alors là, c’est vraiment très grave ! Surtout, si le gars n’habite pas Charleroi ! Et ça marche aussi avec « Espèce de baraki de Liège ! » Bizarrement, on ne dit pas « baraki de Namur » ou « baraki de Mons », ni même « Baraki de Bruxelles »! Pourtant, je suis sûr qu’ils ont aussi leurs barakis, là-bas. A noter que Baraki s’emploie également au féminin. On dit alors une « barakie ».

Mais ici, au Vietnam, si vous dites à quelqu’un « baraki de Liège » ou « baraki de Charleroi », cela n’aura aucun impact. En tous cas, personne ne sera choqué. La première raison, c’est que rares sont ceux qui ont déjà entendu parler de Liège ou de Charleroi. Et la deuxième, c’est que c’est la grande mode vestimentaire ici est de porter des claquettes avec des chaussettes. Vous devriez voir les petites midinettes de mon immeuble de bureau qui montent avec moi dans l’ascenseur : le matin, elles sont toutes coquettes avec leurs ballerines, leurs jolies sandales ou leur sneakers blanc immaculé. Mais à midi, vous revoyez dans l’ascenseur les mêmes demoiselles  qui descendent acheter leur « Bánh mì » (sandwich vietnamien) en claquettes-chaussettes. En fait, la première chose qu’elles font en arrivant au bureau, c’est se déchausser pour enfiler leurs claquettes (et parfois même des chaussons en pilou !) Et elles n’ont pas du tout envie de se rechausser pour sortir à midi. Les chaussures, elles se les gardent pour les meetings du comité de direction, ou lorsqu’elles sont convoquées chez le boss. Et pour les hommes, c’est la même chose. La claquette vietnamienne est majoritairement unisexe !

En fait, les Vietnamiens aiment bien être à l’aise dans leur tenue vestimentaire, en particulier les chaussures. C’est qu’ils sont amenés à se déchausser un nombre incalculable de fois par jour, que ce soit à l’entrée des maisons, des magasins, voire de certains restaurants et même au bureau comme j’expliquais plus haut. Du coup, les claquettes sont idéales. Et, à l’origine, les chaussettes, ou socquettes, avaient plutôt une vocation hygiénique, afin de ne pas se salir les pieds. Par la suite, au Vietnam comme partout ailleurs en Asie, la mode s’est emparée du phénomène pour proposer des claquettes design avec des chaussettes fun ! Bref ! la claquette-chaussette est devenue tendance … Mais attention, ne vous y trompez pas : c’est un vrai business ! Actuellement, ce sont les Yeezi Slides, les Adilettes et les Crocs qui dominent le marché vietnamien, mais les consommateurs/trices ont le choix entre une multitude de marques.

Et moi alors, me direz-vous, qu’est-ce que je viens faire là-dedans ? Je vous explique : il y a quelques semaines, j’ai été opéré de la thyroïde. On m’a enlevé le lobe gauche. Tout s’est bien passé, je vous rassure, mais l’un des symptômes classique de cette ablation, c’est l’hypocalcémie (déficit en calcium dans le sang), ce qui se traduit notamment par un engourdissement et un fourmillement de la plante des pieds. Ce n’est pas grave, mais c’est très désagréable comme sensation, je vous assure. Maintenant, ça va déjà beaucoup mieux, mais je ne suis pas encore prêt à remettre des chaussures fermées toute la journée, en particulier mes Vans qui se portent avec des lacets très serrés (il faut souffrir pour être beau, n’est-ce pas ?) Du coup, pour traîner à la maison, au jardin, ou pour des petites sorties, je me sens tellement bien dans mes clapettes (ben oui, moi je suis belge, et wallon de surcroit, donc je dis des clapettes !) Et comme vous avez vu sur la photo du haut, j’ai trouvé une paire de très jolies chaussettes grises avec fines lignes blanches qui s’accordent à merveille avec mon modèle de clapette.

Elles sont très jolies, ces chaussettes, mais pour les sorties en société, j’ai trouvé mieux encore ! Tenez, l’autre jour, je suis allé faire mes courses du samedi chez Annam Gourmet (c’est la chaîne d’épicerie fine la plus populaire ici : on y rencontre le tout Saigon, et notamment beaucoup d’expats). J’étais en clapettes bien sûr, assorties cette fois d’une paire de très jolies socquettes vert pétant, modèle cannabis « made in Amsterdam » ! Je vous mets la photo à coté pour que vous vous rendiez compte de visu.  Eh bien, croyez-moi : je ne suis pas passé inaperçu !! Je voyais bien les jeunes vietnamiennes aux bras de messieurs étrangers, dont beaucoup sont dans ma tranche d’âge, qui me lorgnaient au passage (les jeunes vietnamiennes, pas les Messieurs). Et moi, je pensais : « Ben oui, Madame, mais c’est trop tard, maintenant ! Il fallait faire le bon choix !! Et puis, d’ailleurs, je suis déjà pris. Désolé !! »

Bien évidemment, les claquettes se portent aussi sans chaussettes. Mais en ce qui me concerne, c’est tout à fait hors de question. Mes pieds sont beaucoup trop sexy pour que je les exhibe nus, en public. Ce serait l’émeute, surtout avec mes jolies petites touffes de poils sur le dessus des orteils ! Hors de question, je vous dis ! Et puis, un baraki, ça met des chaussettes, que ce soit à Charleroi, à Liège, ou à Saigon !!! 😉😂🤣😁

PS:  Et pour terminer,  voici un petit clip audio pour vous aider à bien pronocer le mot « clapette » avec le plus bel accent wallon !

3 réponses à « Je suis baraki. »

    1. Tu m’as bien fait rire ! J’en veux encore !!! 🤣🤣🤣

  1. P…. ça fait trois fois que je le relis … et ça fait bien marre avec le ptit plus bocal à la fin !!

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