Marine et Julie, dans les rôles de Suzon et CatherineC’est un peu à cause de Julie que tout a commencé. Ou plutôt grâce à Julie, devrais-je dire. Elle rêvait tant de devenir une grande star du cinéma ou du music hall qu’elle m’a littéralement scié les côtes pour que je me décide à remettre en scène une pièce de théâtre dans laquelle elle aurait un rôle …

Mais je dois bien avouer que je me suis laissé convaincre sans trop résister, car après nos deux premières expériences à Shanghai, je mourrais d’envie de refaire de théâtre. Avec Catherine, bien sûr. On s’était mis d’accord sur la pièce « 8 femmes » de Robert Thomas (remise au goût du jour en 2001 par le film de François Ozon avec Catherine Deneuve).

En deux mots (ou trois…), c’est l’histoire de huit femmes, en pleins préparatifs de Noël, dans une grande demeure isolée, alors qu’elles découvrent le cadavre du patriarche de famille poignardé dans son lit. Au fur et à mesure que l’intrigue se dénoue, elles réalisent que l’assassin ne peut être que l’une d’elles et qu’elles avaient toutes au moins une bonne raison de l’avoir assassiné…

Avec Julie dans le rôle de la fille machiavélique et manipulatrice, et Catherine dans celui de l’épouse, snob et autoritaire, le plus dur restait à faire … Trouver les six autres femmes ! Et bien sûr aussi toute l’équipe technique pour mener à bien un tel projet. Nous avons d’abord essayé – en vain – de monter la pièce dans notre « village » de Kingwood. Mais impossible de réunir une telle équipe ici. Nous avons donc failli renoncer, jusqu’au moment où nous sommes entrés en contact avec la troupe de théâtre francophone de Houston « Et voilà Théâtre » http://www.etvoilatheatre.org/. Nous y avons été accueillis à bras ouverts. Le principal obstacle, reconnaissons-le, était les kilomètres à avaler : 40 dans chaque sens pour nous rendre aux répétitions en ville. Dur – dur après une journée de travail ou d’école ! Mais notre passion pour le théâtre valait bien cet effort …

Le projet a donc démarré sur les chapeaux de roue, en janvier 2005. Et la « première » de la pièce a eu lieu environ neuf mois plus tard, le 7 octobre 2005. Neuf mois, c’est le temps de faire un bébé … Et c’est exactement ce qui s’est passé pour Marine l’une des actrices ! Coïncidence extraordinaire, c’est elle qui jouait le rôle de Suzon, la fille aînée de la victime, qui était aussi enceinte dans la pièce. C’est fou non ?

Outre ce petit bébé – qui s’appelle Taïs (et qui a déjà son blog ! http://tais.zeblog.com/) – ces neuf mois nous ont permis de construire un groupe incroyablement soudé, entre les huit actrices et la bonne dizaine de personnes qui constituait l’équipe technique. Des liens solides se sont forgés qui resteront à jamais. Ces neufs mois on été jalonnés de 44 répétitions, au cours desquelles j’ai eu le plaisir de voir ces huit femmes sublimes entrer peu à peu dans la peau de leur personnage, jusqu’à ce que cette « autre elle-même » finisse par s’incruster comme une double personnalité. Après la pièce, des spectateurs incrédules sont venus me trouver pour me demander : « Mais comment avez-vous pu trouver des personnes qui correspondaient à ce point aux personnages de la pièce » ? Cela m’a fait sourire car je savais que ces huit femmes étaient toute autre dans la vie. C’est tout leur mérite d’avoir réussi à entrer si bien dans la peau de leur personnage, dans cette pièce exigeante de trois heures, où elles devaient non seulement jouer la comédie mais aussi chanter et danser. Car nous avions gardé du film de François Ozon l’idée que chacune des actrices se retrouverait, à tour de rôle, sous les feux de la rampe pour interpréter une chanson dévoilant un aspect de leur personnalité. Spectacle exigeant donc, un beau cocktail entre pièce policière et comédie musicale …

Je mentirais en disant que tout s’est déroulé comme un long fleuve tranquille ; il y a eu des moments de doute et de remise en question. Surtout dans ma petite tête. Heureusement, ma douce et tendre était là pour assurer, comme toujours ! Non seulement sur scène mais aussi en coulisse pour me conforter le mental quand le doute s’installait.

Les derniers jours ont quand même été difficiles, surtout que notre programme final de répétition a été complètement chamboulé par l’ouragan Rita qui nous est tombé dessus 15 jours à peine avant la première. Du coup, la vente de billets a démarré très tardivement et la première s’est jouée devant un public très … confidentiel. Mais ensuite, tout s’est emballé : le bouche à oreille a fait le reste et on a fait salle comble pour les trois dernières représentations. Au total, c’est près de 700 personnes qui sont venues voir la pièce. On a même engrangé des bénéfices et, du coup, l’association a pu effectuer une donation au bénéfice de l’enseignement du français dans les écoles publiques louisianaises dévastées par les ouragans Katrina et Rita. C’était comme à Fort Boyard !

Sur le plan de mes relations avec Julie, je pense que ce projet nous a beaucoup rapprochés, même si on a connus des périodes d’extrême tension. Nous étions, par moment, au bord de la rupture. Julie avait parfois du mal à faire la différence entre son père et le metteur en scène. Ainsi, lorsqu’on se disputait à la maison, elle me disait : « Et bien puisque c’est comme ça, je laisse tomber la pièce ! » Et moi je lui répondais : « Tu peux laisser tomber si tu veux, c’est pour toi que tu le fais, pas pour moi ». Et j’ajoutais, insidieusement : « De toute façon, je n’aurai aucun problème pour te remplacer ». C’était faux bien entendu, je n’avais personne d’autre. Et cela m’aurait vraiment ennuyé qu’elle jette le gant, surtout qu’elle était parfaite dans son rôle. Mais je ne voulais pas le lui dire, question d’orgueil. Et pour être honnête, je dois bien reconnaître que moi aussi j’ai quelquefois mélangé les genres, entre ma fille et l’actrice que je dirigeais ! Sans le vouloir, j’ai vraisemblablement été plus exigeant avec elle qu’avec les autres, et j’ai sans doute eu moins tendance à la complimenter que les autres lorsqu’elle le méritait…

Heureusement tout s’est merveilleusement déroulé sur scène. Julie, comme toutes les autres d’ailleurs, a littéralement brillé.

Pourtant, contrairement à toute attente, elle nous a annoncé à l’issue de pièce qu’elle abandonnait l’idée de devenir actrice. Cela fait partie de ces petites phrases que Julie nous assène, comme cela, sans crier gare, en ajoutant aussitôt que c’est ainsi et qu’elle n’a pas envie d’en discuter. Point.

Catherine et moi sommes donc restés sur notre surprise, sans comprendre exactement ses motivations. Je me suis demandé un moment si ce n’était pas moi qui l’avais dégoûtée du théâtre. Mais franchement, je ne le pense pas. Car elle parle souvent de cette pièce comme d’une réussite personnelle et d’un moment important de sa vie.

Finalement, c’est peut-être la preuve que c’est une vraie star : elle a quitté la scène au sommet de sa gloire …

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Pour accéder au slide show, cliquez sur la photo ci-dessous,

puis sur « 8 femmes set »

Une réponse à « La belle aventure des « 8 Femmes » »

  1. Avatar de laurence sebeyran
    laurence sebeyran

    j’en ai la chair de poule !! bravo et merci encore mille fois pour ces moments inoubliables !!bisous Mamy Laurence !!

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