En mars dernier, durant la semaine de Spring break, nous avons effectué un petit voyage en Floride. Cap sur Orlando, pour y (re)découvrir les parcs à thèmes du monde de Disney. Les enfants attendaient cela avec une impatience indescriptible. Moi aussi pour dire la vérité. Catherine beaucoup moins … Nous avons pris une sorte d’accord tacite avec les enfants d’aller rendre visite à Mickey et sa bande de petits copains tous les six ans. C’était donc la première fois pour Luna, la deuxième pour Tom, la troisième déjà pour Julie et la quatrième pour moi. J’étais en effet déjà venu à Disney World Orlando alors que j’avais à peine vingt ans. Allais-je retrouver cette ambiance magique de ma jeunesse ?
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Tom avait les yeux rivés sur le vieux Monsieur en uniforme Disney qui canalisait le flot des passagers du prochain monorail en partance pour le Magic Kingdom. « Tu crois qu’il a le droit de rentrer gratuitement dans les parcs ? » Me demanda-t-il. Je pouvais lire dans le regard de mon petit bonhomme un mélange d’envie et d’admiration envers le vieil homme. Pourtant, celui-ci devait avoir dépassé les soixante ans depuis belle lurette et quelque chose me disait qu’il avait dû avoir un petit problème avec son plan de pension ! Etre obligé de se taper un boulot aussi ingrat sous le soleil de Floride, à son âge, c’était triste à pleurer. Mais j’avais préféré garder ces sombres pensées pour moi et répondre d’une moue dubitative à l’adresse de mon petit Tom. Surtout ne pas briser son rêve …
Enfin, le monorail était arrivé. Il était temps car la station était pleine à craquer. Certains passagers allaient sans doute devoir attendre encore deux ou trois rames avant de pouvoir embarquer. Mais on n’allait quand même pas les plaindre, ce seraient des concurrents de moins aux files d’attente des attractions. Surtout que nous avions attendu nous-mêmes déjà plus d’une heure pour la navette qui nous avait pris à l’hôtel et nous avait emmené à la station de monorail. D’accord, c’était gratuit, mais au prix des vacances, chaque heure de perdue, c’était autant d’argent jeté par les fenêtres. J’avais empoigné Tom d’une main (toujours le nez en l’air, admirant le vieux préposé à l’embarquement des trains) et Luna de l’autre et nous avions embarqué. Tout le long du trajet, une voix faussement enjouée nous avait cassé les oreilles en répétant non stop dans le haut parleur tout l’historique du monorail. On savait tout de son poids, de sa longueur, de sa vitesse maximale, l’année de sa construction, combien d’ouvriers y avaient travaillé et combien de millions de passagers s’étaient ennuyés à écouter ce message avant nous… Moi j’aurais donné cher pour une musique douce, genre « Cendrillon » ou « La belle et la bête », histoire de se mettre dans l’ambiance, mais tiens fume !
Enfin, vingt bonnes minutes plus tard, on était arrivés à la porte du Magic Kingdom. Depuis le monorail, une vue panoramique s’offrait à nous. C’était une vision d’horreur : le plus grand parking de voiture de ma vie. Et plein, encore bien ! A dix heures du matin, des milliers et des milliers de voitures. Et tout de suite après, une autre vision de cauchemar : les files d’attente des visiteurs. A perte de vue, des gens en t-shirts colorés, bermudas et flip flops attendaient en file indienne. Ici, le service d’ordre ouvrait les sacs pour prévenir tout attentat terroriste (Merci Al kaida, on pense bien à vous !), là on faisait la file pour acheter les billets, là encore on attendait son tour pour franchir les portillons d’entrée. Notre première journée dans le royaume magique de Walt Disney s’annonçait pour le moins difficile. Chaude et difficile. Disons même très chaude et très difficile, n’ayons pas peur des mots. A propos de mot, Tom avait trouvé ceux qu’il fallait pour me réconforter : « T’inquiète pas, Papa, le parc ne ferme pas avant 8 heurs du soir. » Instinctivement, j’avais regardé ma montre. Allons, courage, plus que 10 heures à tenir…
Et effectivement, ça avait été une longue et difficile journée. En résumé, on peut dire que nous l’avions passée à faire des files comme des pingouins sur la banquise : files aux attractions, files aux magasins de nourriture et boissons, files aux toilettes. Il y avait même des files pour voir les personnages de Disney. Autrefois, on les croisait qui déambulaient benoîtement au hasard des allées; maintenant c’est fini. Ils ont leur petit trône désigné dans les parcs, où les gamins font la file pour leur faire signer des autographes. C’est fou, non ? Passer des heures d’attente pour faire signer des grosses peluches… Bref ! Une enfilade de files. Voilà en quoi se résumait cette journée. Entrecoupées de quelques moments de plaisir, mais de courtes durées. Et il y avait toujours quelque chose pour nous saper le moral. Le spectacle du « roi lion » par exemple. Très beau, je dois dire : excellente mise en scène, une musique du tonnerre, des décors de rêves, des costumes extraordinaires et des acteurs et danseurs talentueux. Seul petit problème : ils avaient mis la climatisation à fond dans le théâtre et, comme par hasard, je me trouvais juste sous une bouche de ventilation. Je me serais cru dans une chambre froide. Ou comme cette salle de théâtre en 3D où l’on projetait un film mi-comique, mi-fantastique sur les insectes. Une qui avait trouvé le film très fantastique, mais pas comique du tout, c’était notre petite Luna. Elle était littéralement terrorisée et elle avait hurlé à la mort pendant toute la présentation et du coup on s’était fait regarder de travers par toute la salle. Par la suite, à chaque fois qu’on entrait dans une quelconque salle de spectacle, Luna s’empressait de demander la voix tremblante s’il allait lui falloir encore mettre des lunettes… Mais après cette expérience catastrophique, vous pensez bien qu’on s’était gardé de l’emmener à nouveau dans un cinéma en 3D.
Oui, franchement dit, cette première journée fut terrible. Dans la navette qui nous ramenait à l’hôtel à la nuit tombante; je n’arrivais pas à chasser de ma tête le montant avec pleins de zéros derrière que cette semaine en Floride allait nous coûter. Tout cela pour quoi au fond ? Quelques moments de plaisir vite passés, histoire de se faire asperger, décoiffer, secouer dans tous les sens, et soulager de quelques dollars entre chaque attraction. Car si tout était compris dans le prix, c’était sans compter sur les inévitables arrêts bouffes, boissons et souvenirs à gogos… Et je ne parle pas de la facture de hôtel qui était soi disant prépayé. Quand nous étions arrivés, un grand écriteau annonçait qu’à partir du 1er mars (bien notre chance …on était le 15 mars !) ils allaient appliquer un « convenience fee » sur les tarifs prépayés, ce qui était effectivement très « convenient » pour eux, merci ! D’autre part, le même écriteau informait l’aimable clientèle (de moins en moins aimable en ce qui me concernait) qu’un gratuity fee – pas gratuit pour tout le monde si vous voulez mon avis – serait prélevé automatiquement sur toute commande « room service ». Avec l’appétit vorace de mes petits estomacs sur patte, je me disais que ce gratuity fee allait me frapper de plein fouet durant cette semaine.
Face à ce désastre, Catherine qui, comme vous le savez, lit couramment dans mon regard, essayait de me remonter le moral tant bien que mal: « T’inquiète pas P’tit loup, ils ont passé un bon moment », qu’elle disait. Et c’était vrai qu’ils avaient l’air contents les trois mouflets. Même la musaraigne – c’est ainsi que je surnomme Julie à cause de son joli petit museau effilé – qui était pourtant partie le matin avec des pieds de plomb parce que son I-Pod s’était cassé dans l’avion. Et oui, c’était vrai au fond : nous n’avions perdu aucun enfant dans le parc, aucun d’eux ne m’avait vomi dessus, personne n’avait été piqué par une guêpe et on ne nous avait pas volé de caméra. Tout allait bien, en fait. Et j’allais même découvrir en rentrant à hôtel un bonheur tout simple en me plongeant dans mon San Antonio, agrémenté d’un bon petit verre de vin. Voilà des vacances comme je les aime. Le seul petit problème c’est qu’il nous restait encore 4 jours à tirer à Disney World. Mais il valait mieux ne pas trop y penser …
Surtout que si le premier jour avait été long, c’était sans commune mesure avec le second. Les enfants nous avaient réveillés dès potron-minet, en et prime, ce jour-là le parc fermait à 10 heures du soir, avec parade électrique nocturne à la clef. La totale. Et inutile d’espérer un instant que les enfants allaient se lasser et nous demander de rentrer avant la fermeture. En plus, on avait pris la décision de s’organiser un peu mieux que la veille. Certaines attractions disposaient de « fast pass » (le principe consistant à prendre rendez-vous et revenir à l’attraction à une heure dite en bénéficiant d’une file d’attente réduite) et l’un de nous avait donc dû se dévouer pour aller collecter ces « fast pass » aux quatre coins du parc pour permettre aux autres de passer sans attendre. Vous vous en doutez, c’était moi qui m’y était collé. J’avais donc passé l’essentiel de cette journée à criss crosser le parc à thèmes en tous sens et a téléphoner à ma joyeuse petite troupe pour leur signaler l’heure et l’endroit du prochain rendez-vous. Ces « fast pass », croyez-moi c’est super pour les gens qui s’encroûtent car ils sont subtilement distillés de manière telle à vous faire revenir à l’endroit du rendez-vous dans un laps de temps trop long pour attendre et pas assez long pour planifier un passage au même endroit en fin de journée. Bref ! Au bout de la journée, j’avais appris à connaître le parc par cœur, j’en connaissais désormais chaque attraction, chaque restaurant, chaque boutique, chaque toilette. Les gens du parc me saluaient comme un vieil habitué, un abonné de longue date. J’avais même découvert des raccourcis secrets.
D’une manière générale, on avait passé cette deuxième journée par équipes. La plupart du temps, je faisais équipe avec moi-même pour récolter les fameux « fast pass », et, quand je ne courais pas d’un bout à l’autre du parc, à la manière de Speedy Gonzalez, je retrouvais Tom et Julie, nanti des fameux « fast pass », pour les attractions effrayantes qui les excitaient le plus. Ma douce et tendre, elle, restait le plus clair de son temps avec Luna dans un périmètre constitué essentiellement du manège à chevaux et des attractions de Winnie The Poo, Peter Pan et « Small world » lesquelles constituaient le centre d’intérêt de Luna. Nous avions découvert le lendemain que ce qui faisait plus plaisir encore à Luna, c’était de rentrer à hôtel. Cette petite, c’est tout le portrait de son père, mais elle ce n’était pas pour boire un bon verre de vin mais bien pour aller se plonger dans la piscine. Quand on pense qu’on en a une à la maison, ça fait mal au portefeuille, croyez-moi.
Mais il ne faut pas trop se plaindre. Car quelque soit la croix que vous portez sur votre épaule, dites-vous qu’il y a toujours plus malheureux que vous. Ainsi, je me sentais très peiné pour tous ces petits vieux, visiblement peu ou mal renseignés sur le calendrier scolaire et qui, au lieu de visiter le parc d’attraction en dehors des jours de congés étaient venus se perdre dans cette forêt de jambes nues et bronzées et se frotter les roues de leurs chaises roulantes contre celles plus petites mais ô combien vives de ces milliers de landaus d’enfants (même nous, on en louait un pour transbahuter Luna et tout notre barda). Pire encore, il y avait tous ces autres petits vieux qui travaillent dans le parc, comme le héros de Tom à la station du monorail. La plupart des employés du parc avaient en effet l’âge d’être grands parents. Au Texas, ce sont les Latinos et les Noirs qui se tapent tous les petits boulots. En Floride, ce sont des petits vieux, apparemment. Quelle tristesse …
Je ne peux pas passer sous silence les cohortes de Japonais. Et là, franchement et sans racisme aucun, j’avais quand même du mal à les encaisser. C’était une véritable marée humaine aux yeux bridés qui déferlait par vagues. Mais qu’est-ce qu’ils avaient besoin de venir nous envahir en ces congés de spring break, ceux-là ? Déjà qu’ils nous avaient fait le coup à Pearl Harbor ! Vous noterez au passage que j’ai dit « nous », ce qui indique que je n’hésite pas à faire cause commune avec les Américains en cas de crise grave. Non mais c’est vrai, quoi, à la fin. Ce n’était vraiment pas la peine d’ouvrir un Disney land à Tokyo…
Bref ! Retour à hôtel ce soir là, complètement éreintés, et trempés comme des canards par-dessus le marché parce qu’on avait fait la rivière sauvage juste avant la fermeture et on s’était ramassé une de ces douches mémorables. Du coup, on avait dû tous les trois (je parle de Julie, Tom et moi, car Catherine et Luna devaient se prélasser à hôtel depuis déjà un bon moment) passer à la boutique située juste en face de l’attraction pour y acheter des serviettes de bain et des habits secs, tout cela à des prix prohibitifs comme vous vous en doutez. Comme si cela ne suffisait pas, la climatisation du bus qui nous ramenait à hôtel marchait à tout berzingue, et c’était couru d’avance que j’allais me choper un de ces rhumes canons le lendemain matin. Et si au moins le chauffeur avait pu se taire une minute, mais non, lui aussi il fallait qu’il nous casse les bonbons en hurlant dans son micro les horaires de départ pour le lendemain et le détail des attractions en vogue pour le moment dans Downtown Disney
Heureusement l’homme s’adapte à tout, l’instinct de survie prend le dessus, même dans les pires situations. Nous avons donc survécu à ces deux journées au Magic Kingdom, ainsi qu’à celles à Epcot, Animal Kingdom et MGM Studios, les trois autres parcs à thème de Disney à Orlando. Ce fut de loin Epcot mon meilleur souvenir. J’ai adoré le « world showcase », ces onze pavillons disposés en éventails autour d’un grand lagon et présentant chacun un pays du monde, avec son architecture, sa culture, ses traditions et même ses saveurs … Hum !! J’ai d’autant plus apprécié l’endroit qu’il y avait relativement peu de monde. C’est aussi à Epcot que nous avons découvert l’attraction la plus sensationnelle d’Orlando, Soarin, où vous planez les jambes dans le vide, dans des sortes de balancelle, au-dessus d’un écran géant genre IMAX présentant des paysages du monde que vous survolez parfois à très grande vitesse,. L’impression est hallucinante. Et bien sûr, nous disposions des précieux « fast pass » pour y accéder, car les files étaient longues à mourir. On avait même été les tout derniers à en obtenir, bien plus tôt dans la journée. Avec les enfants, on s’était d’abord éclatés en paradant avec nos tickets devant la mine déconfite des pauvres malheureux qui avaient encore deux heures d’attente, tel « Mister Bean lorsqu’il embarque dans un avion en première classe et montre son billet ostensiblement aux passagers de la classe touriste…
Cette exception mise à part, je vous dirai que je n’ai pas guère retrouvé la magie de mon enfance, tout au long de cette semaine. Ces cinq jours à Orlando nous ont donc englouti une somme considérable en nous apportant tout au plus quelques bons souvenirs. J’ai râlé souvent, ce qui fait évidemment partie de mon personnage et fait toujours beaucoup rire les enfants. J’ai d’ailleurs souvent tendance à en rajouter une couche pour les amuser. Quand je serai mort, je crois qu’ils se souviendront de moi ainsi, comme un grognon au grand cœur qui les faisait rire avec toutes ses râleries (comme dit la musaraigne).
En résumé donc, je garde le souvenir de Disney World Orlando comme d’une immense pompe à fric. J’en sais qui vont me traiter de radin, mais tant pis j’assume. Et à ce propos, j’ai été très déçu de n’avoir pas rencontré Picsou dans le parc, c’est de loin mon personnage préféré de Disney, celui en lequel je m’identifie le plus. J’aurais bien eu quelques mots à lui dire …
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Pour visualiser le slide show de notre séjour à Disney World, cliquer sur la photo ci-dessous, et ensuite sur l’onglet « Disney World Orlando – Mars 2006 (set) ».
Magic Kingdom 24, originally uploaded by Jean-Pierre Muller.



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