Et oui ! Comme le chante très bien la jolie blonde Shakira : « Tsamina Mina Eh Eh, Waka Waka Eh Eh, Tsamina Mina Zangalewa, This Time For Africa ! ». En traduction française, cela veut plus ou moins dire ceci : « tsamina-mina plein la tête, waka-waka au cœur, les Muller lèvent le camp : mais, cette fois, c’est pour l’Afrique ! ». Notez que je n’ai pas trouvé de traduction dans mon dictionnaire isizulu pour les mots « tsamina-mina », ni pour « Waka-waka ». Mais ce n’est pas grave. Vous pouvez les remplacer par ce que vous voulez. Par exemple : « des images colorées de l’Inde plein la tête et le tendre souvenir des amis que l’on quitte dans le cœur ». Ou bien : « des concerts de klaxons plein la tête, et des effluves de curry dans le cœur » … Ou encore : « Des envies de meurtres d’automobilistes indisciplinés plein la tête et des bactéries incurables dans le cœur » … A vous de jouer. Faites preuve d’imagination !
Quoiqu’il en soit, après presque 5 années passées au pays de Bollywood et des vaches sacrées, notre séjour en Inde touche donc à sa fin, et nous serons à nouveau, dans quelques semaines, en route pour de nouvelles aventures. Comme avant chaque mutation, avant chaque grand saut dans l’inconnu, nous sommes partagés entre excitation, impatience, et un soupçon de crainte, face à ce nouveau défi. Mais dans l’ensemble, c’est surtout l’excitation qui prime.
Pour moi, c’est un peu un retour aux sources qui s’annonce ! En tous cas, pas très loin des sources, car je suis né à Kamina, dans le Katanga… Et même si je n’y ai vécu que trois semaines (je suis né en juin 1960, en pleine guerre d’indépendance du Congo !), j’ai toujours senti qu’il y avait en moi un petit côté africain. Si, si ! Je vous assure ! D’ailleurs, en Afrique, j’y suis retourné en 1983, pour un stage de quatre mois au Cameroun. Ce fut chaud également, puisque ma venue en ce pays, réputé politiquement stable jusque là, avait coïncidé avec un putsch militaire, manqué, certes, mais d’une rare violence, et dont je garde encore intact le souvenir de certaines odeurs, en particulier celle de la poudre des munitions, et de la transpiration aigre et puissante des militaires harassés de fatigue, restés trop longtemps sur le qui-vive.
De cette expérience, je suis revenu avec la conviction que ma carrière se ferait à l’expatriation, et avec ce qui resta longtemps mon expression favorite : « Moi, j’ai fait l’Afrique ! », expression dont le côté légèrement présomptueux ne m’apparut que peu à peu, à mesure que mes cheveux commençaient à grisonner.
D’ici quelques années, je pense que je pourrai vraiment le dire, sans fausse modestie, ni sans plus faire ricaner personne cette fois, car ce qui m’attend est quand même assez sérieux. La juridiction de mon futur poste s’étendra en effet sur un territoire grand comme 200 la Belgique, et sur une dizaine de pays d’Afrique australe, avec Johannesburgh comme quartier général.
Pour le reste de la famille, il y a comme qui dirait un arc en ciel dans le cœur. Joie et tristesse se mélangent. Le projet de micro-scolarisation des enfants des rues que Catherine a lancé dans notre quartier, avec une amie indienne, lui manquera cruellement; Luna abandonnera à regret l’école américaine de Delhi, qu’elle aime tant, mais elle se console en se disant que sa meilleure amie s’en ira elle aussi cet été, en Afrique du Sud, par une heureuse coïncidence. Mais à Pretoria, elle … Bah ! De Pretoria à Jobourg, il n’y guère qu’une grosse heure de route, paraît-il, donc ces ceux-là ont déjà planifié des « sleep over » … Le plus grand déchirement sera pour Tom (et pour nous bien sûr) puisqu’il ne nous suivra pas en Afrique du Sud. Cet été, Tom mettra, en effet, le cap sur la Belgique pour y entamer ses études supérieures. Et oui, nous voilà déjà arrivés à ce moment terrible de la grande séparation. Heureusement, lui et Julie ne resteront pas longtemps sans venir nous voir. Enfin, c’est ce que nous espérons, bien sûr …
Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes tous les cinq réunis à Delhi, un événement rarissime dont nous profitons pleinement. Julie, qui a quitté définitivement Chicago, est en effet venue nous retrouver en Inde pour « faire le déménagement » avec nous et, par la même occasion, trier le brol qui avait tendance à s’accumuler dans sa chambre…
Les semaines et les mois qui vont suivre vont être mouvementés et chargés d’énormément d’émotions. J’essayerai de vous raconter tout cela dans mes prochaines chroniques. Stay tuned ! 😉


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